A Daresalam, les réfugiés nigérians pansent leurs blessures.

Par Badre Bahaji

DAR-ES-SALAM – Les violences dans le Nord-est du Nigeria ont poussé plus d’1,5 million de personnes dont 800 000 enfants à se déplacer ou à se réfugier dans les pays voisins. Les enfants sont particulièrement affectés, leur sécurité, leur santé et leur droit à l’éducation sont gravement mis en péril. Parmi les quelques 5000 réfugiés du camp de Daresalam, la grande majorité sont des femmes et des enfants. Et parmi eux, plus de 100 enfants sont arrivés non accompagnés.

Le centre de santé est le lieu le plus fréquenté du camp de réfugiés de Daresalam. Situé au cœur du site d’accueil des réfugiés du Nigéria, plusieurs tentes accolées les unes aux autres offrent consultations, conseils et soins aux hommes, femmes et enfants venus nombreux en cette chaude matinée. A l’abri du soleil et du vent sableux, ils patientent tandis que le personnel de santé s’active pour leur porter assistance.

Selon Dr Gano Pazeu, responsable du centre de santé géré par l’ONG International Medical Corps (IMC) avec le soutien de l’UNICEF, le centre est tout aussi autant fréquenté par les réfugiés que par les communautés environnantes. « Nous profitons des dépistages de la malnutrition pour la vaccination de routine. Lorsque les mères viennent chercher leurs aliments thérapeutiques, on vaccine les mères et les enfants en même temps», indique-t-il.

Dans la région du Lac, les indicateurs de santé sont en dessous de la moyenne nationale. La faiblesse des structures de santé est alarmante, l’approvisionnement en médicaments et matériel médical est limité et la fréquentation des centres de santé reste assez faible. L’arrivée de 18 000 réfugiés du Nigeria vient donc fragiliser davantage une situation déjà inquiétante.

A la sortie de la consultation, Salmata Mahamat, une mère tchadienne originaire du village de Toumbalam, à 12km du site du site de Daresalam livre ses impressions sur les services du Centre de Santé : «C’est la troisième fois que je viens, avant je devais aller jusqu’à l’hôpital de Bagasola, 20km plus loin. C’est un soulagement pour mes enfants et moi. Les infirmiers ont examiné mon fils, Abakar Adam la première fois que je suis venu ici, il ne mangeait plus et je m’inquiétais.» Souffrant de malnutrition, le fils de Salmata est d’abord passé par la vaccination de routine. Depuis, elle vient régulièrement reprendre les aliments nutritifs thérapeutiques pour son fils.

Salmata Mahamat est Tchadienne. Elle habite le village de Toumbalam, à 12 km du camp de réfugiés de Daresalam, dans la region du Lac. Elle bénéficie aussi des services du Centre de Santé installé dans le camp de réfugiés de Daresalam qui est plus proche de son village que l’hôpital de District de Bagasola. ©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui
Salmata Mahamat est Tchadienne. Elle habite le village de Toumbalam, à 12 km du camp de réfugiés de Daresalam, dans la region du Lac. Elle bénéficie aussi des services du Centre de Santé installé dans le camp de réfugiés de Daresalam qui est plus proche de son village que l’hôpital de District de Bagasola.
©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui

L’UNICEF travaille avec ses partenaires pour mener des campagnes de vaccination (polio, tétanos, fièvre jaune, tuberculose, rougeole) et pour la prévention de la malnutrition dans tout le district sanitaire. L’UNICEF distribue aussi des comprimés de vitamine A pour renforcer le système immunitaire des enfants. L’UNICEF appuie également le renforcement des structures de santé en matériel et personnel médical afin d’améliorer la qualité des soins.

Aicha Garba est originaire du village de Dorom Baga au bord du lac Tchad, côté nigérian. Elle raconte son arrivée mouvementée au Tchad : « Au moment de l’attaque de Boko Haram, j’étais déjà prête à accoucher. Le matin du 3 janvier, j’ai fui le village de Dorom pour Ngouboua, au bord du lac du côté tchadien. Nous avons cherché une maison dans le village et c’est là-bas que j’ai accouché. Mon fils s’appelle Idriss, comme le président du Tchad. Il a été vacciné au centre et je l’allaite normalement ».

Aicha Garba est originaire du village de Dorom Baga au bord du lac Tchad, côté nigérian.Le matin du 3 janvier, elle a fui son village pour Ngouboua où elle a accouché d'un garçon qui porte le nom du Président de la République du Tchad, Idriss Deby Itno. Elle a été prise en charge par le Centre de Santé du Camp de Bagasola. ©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui
Aicha Garba est originaire du village de Dorom Baga au bord du lac Tchad, côté nigérian.Le matin du 3 janvier, elle a fui son village pour Ngouboua où elle a accouché d’un garçon qui porte le nom du Président de la République du Tchad, Idriss Deby Itno. Elle a été prise en charge par le Centre de Santé du Camp de Bagasola.
©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui

Dans le camp de Daresalam, les familles ont fui les combats dans l’urgence pour venir se réfugier au Tchad. Dans une tente assez éloignée du centre de santé, Binta Mahamadou, 30 ans, originaire de Baga présente Mahamadou et Khadidja, ses jumeaux nés au Tchad :

 Binta Mahamadou, âgée de 30 ans est mère de six enfants. Elle s’est enfuit de Bagasola quand elle était enceinte de jumeaux. Trois semaines après son arrivée, elle a donné naissance à Mahamadou et Khadidja à l'hôpital de district de Bagasola.  ©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui
Binta Mahamadou, âgée de 30 ans est mère de six enfants. Elle s’est enfuit de Bagasola quand elle était enceinte de jumeaux. Trois semaines après son arrivée, elle a donné naissance à Mahamadou et Khadidja à l’hôpital de district de Bagasola.
©UNICEF CHAD/2015/Cherkaoui

« Le matin de l’attaque, nous avons couru vers les pirogues et fui vers Ngouboua. J’avais déjà un très gros ventre mais je ne me doutais pas que c’était des jumeaux. J’ai passé environ trois semaines ici avant qu’on m’amène à l’hôpital de district de Bagasola. J’ai dû être opérée car les enfants n’étaient pas bien placés dans mon ventre. J’ai eu très peur de les perdre. Je suis resté huit jours à l’hôpital couchée avant de revenir au camp. Aujourd’hui je vais bien et lorsque je regarde mes petits jumeaux, en pleine santé, je me sens bénie. Nous sommes tous des survivants ici. »

Binta a dû subir une césarienne et elle n’est pas encore totalement guérie, la cicatrice mettant du temps à se refermer. Comme celles de cette mère courageuse, ce sont les blessures des milliers de personnes affectées par le conflit qui auront du mal à cicatriser, laissant des hommes, des femmes et des enfants traumatisés par la violence et contraint à vivre l’exil.

Les difficultés d’accès et les contraintes de sécurité compliquent l‘assistance aux enfants déplacés ou aux réfugiés ainsi qu’à leurs familles. L’assistance de l’UNICEF comprend notamment l’accès à l’eau potable, de la nourriture, des médicaments, un accès à l’éducation et à des services de protection, comme la réunification des enfants avec leurs familles ainsi que des activités ludiques et récréatives pour les aider à surmonter ce traumatisme. L’UNICEF appelle tous les partenaires à accroître leur soutien afin d’alléger les souffrances des populations.

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