Les enfants réfugiés du Nigéria dessinent leur enfance volée

Par Badre Bahaji

Les enfants sont les premières victimes de la violence qui sévit dans le nord du Nigeria. 1,5 million de personnes ont été forcés de se déplacer ou de se réfugier dans les pays voisins, dont 800 000 enfants. Ils ont dû fuir leurs villages, sont recrutés par les groupes armés ou sont séparés de leurs familles.

La grande majorité des réfugiés présents dans le camp de Daresalam actuellement, ont fui suite à l’attaque de la ville de Baga, au Nigéria, à la frontière avec le Tchad, le 3 janvier dernier. Ces enfants ont presque tous vécu la même horreur et ont souffert du long périple qui les amené ici. Certains ont assisté à des violences atroces et souffrent de traumatismes évidents.

C’est justement pour tenter de surmonter le choc que les enfants rescapés se retrouvent chaque fin d’après-midi dans le camp de réfugiés de Daresalam. Une chaleur ensablée floute légèrement l’horizon autour de l’ « Espace Amis des enfants » mis en place par l’UNICEF. Ici et là, des enfants – filles et garçons – jouent au football, improvisent des jeux ou bien font de la broderie, sous l’œil bienveillant des animateurs de l’UNICEF. Mais l’activité qui suscite le plus d’enthousiasme, c’est bien le dessin. Une foule d’enfants se regroupent autour de Ndorum Ndoki, le directeur de l’espace. Un à un les enfants s’installent dans la tente, feuilles et crayons à la main.

Le directeur nous explique l’intérêt de cette activité ludique: «Nous leurs demandons de dessiner ce qui leur manque, ce qu’ils ont laissé chez eux et qu’ils aimeraient bien avoir ici. Nous voulons qu’ils s’expriment par le dessin, qu’ils extériorisent ce qu’ils ont vécu », explique le directeur. Et celui-ci de reprendre: « Le dessin leur permet de retrouver le sentiment d’être un enfant normal. Nous pouvons alors écouter leur besoins et mieux les comprendre. L’espace est aussi un pont pour l’éducation formelle qui se déroule le matin à l’école voisine. Imaginez les problèmes que nous aurions au camp si les enfants erraient sans activité toute la journée… »

De l’innocence de ces dessins, ressurgit l’atrocité des événements et la nostalgie d’une enfance volée. Des récits bouleversants et des illustrations évocatrices comme celle de Samaila, 12 ans : « j’ai dessiné une pirogue, qu’on utilisait pour pêcher le poisson qu’on mangeait tous les jours. La dernière fois qu’on l’a utilisé, c’était pour s’échapper de notre village.» Saleh, 15 ans, veut lui aussi montrer son dessin et se faufile devant son camarade pour être entendu : «A côté de ma maison, il y avait une rivière, dans laquelle j’adorais me baigner et passer l’après-midi avec mes amis. Ici il n’y a pas de rivière pour se baigner et mes amis ne sont plus là».

Au Nigeria, les enseignants et les élèves ont été délibérément pris pour cible par des groupes armés, des salles de classe détruites, pillés ou occupés depuis le début de la crise. Le Nord-Est du Nigéria a particulièrement souffert, les autorités y ayant répertorié 338 attaques contre des écoles, et le meurtre de 196 enseignants et 314 enfants d’âge scolaire entre 2012 et 2014.

Falmata, 14 ans a quitté l’atelier de broderie pour participer à la session de dessin. Pensive et appliquée, elle esquisse tout ce qu’elle a perdu à cause du conflit : « J’ai dessiné la « sopa », le henné qu’on met sur les mains et les pieds pour se faire belle avant les fêtes. Avant j’en mettais souvent, mais aujourd’hui je n’ai plus d’évènements à célébrer.».

Son amie, Achetou, 12 ans fait preuve d’une éloquence impressionnante pour son âge au moment de présenter ses croquis: « J’ai dessiné un poisson, une robe brodée et tous mes fruits préférés. Avant je mangeais du poisson tous les jours, mon père est un pêcheur. Mais depuis que je suis arrivée je n’ai pas pu manger de poisson. Mon père voudrait bien pêcher mais il n’a plus sa pirogue ni ses filets de pêche. Convaincue, elle continue sa description « J’ai dessiné cette robe brodée bleu et rouge, c’était ma robe préférée, mon père me l’a offert pour la fête de Tabaski. Quand nous avons fui l’attaque, nous avons couru et j’ai laissé ma robe. Ma maison a brulé, m’a-t-on dit. »

Malgré la dureté des témoignages, la séance s’est déroulée dans une atmosphère détendue où les enfants ont fait preuve d’une surprenante gaité. Innocemment, ils s’accrochent à cette enfance perdue, comme Issaika, 15 ans, qui insiste pour prendre la parole: « j’ai dessiné ce vélo que mon père m’avait offert. Il était tout neuf, noir et blanc, je le prenais pour aller à l’école. Mais je n’en ai pas profité longtemps, deux mois après nous avons fui Baga et j’ai dû l’abandonner chez moi.»

A Daresalam, les difficultés d’accès et les contraintes de sécurité compliquent l‘assistance aux enfants déplacés ou réfugiés ainsi qu’à leurs familles. L’assistance de l’UNICEF comprend notamment l’accès à l’eau potable, de la nourriture, des médicaments, un accès à l’éducation et à des services de protection, comme la réunification des enfants avec leurs familles. L’UNICEF met également en place des activités ludiques et récréatives pour les aider à surmonter ce traumatisme. L’UNICEF appelle tous les partenaires à accroître leur soutien aux afin d’alléger les souffrances des enfants et de leurs familles.

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Une réflexion sur “ Les enfants réfugiés du Nigéria dessinent leur enfance volée ”

  1. Etre enfant et ne pas jouir pleinement de son enfance est une situation ambarassante, ces enfants s’ils nétaient pas reçus dans ces camps que seront-il devenus? La plus grande richesse sur cette terre que l’on a c’est L’Enfant. Quand un enfant est epanouie c’est le Bonheur de la famille, de la communauté…

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