Darasalam « la super-maman »

Par Badre Bahaji

« Tous les matins, même pendant les vacances, on part à l’école. Ma mère n’aime pas trop que l’on reste sans rien faire. Elle aussi travaille beaucoup. Pour aller à l’hôpital, elle prend sa moto et elle s’occupe des enfants malades. Je suis trop fière d’elle. »

Haoua a 10 ans, elle vit dans le quartier de Gnebor, à la périphérie de N’Djaména, loin du centre-ville de la capitale du Tchad. Le muezzin appelle à la prière, le coq chante, et c’est toute une vie qui recommence chaque matin dans sa maison. Il est 6 heures et la mère de Haoua, Darasalam, prépare le petit déjeuner pour ses enfants avant de les envoyer au cours d’été.

Darasalam, 28 ans, quitte alors le foyer et ses six filles et monte sur sa moto, slalomant entre les flaques d’eau persistantes de la saison des pluies. « Au début, mon mari ne voulait pas que j’étudie, j’en suis tombée malade, parce mon père m’avait demandé de continuer mes études. J’ai finalement étudié pour devenir agent technique de santé. Aujourd’hui, j’ai très peu de temps libre pour mes enfants mais je crois qu’elles comprennent que j’aime ce que je fais. »

Au Centre Nutritionnel Thérapeutique (CNT),  annexé à l’hôpital de la Liberté de N’Djaména, tout le monde connait Darasalam. Son nom résonne dans la bouche des patientes et des personnels de santé. Difficile de la suivre, elle est partout en même temps, elle cause, elle conseille, elle dépiste, une énergie débordante indispensable pour cette jeune sensibilisatrice censée s’occuper des 300 enfants qui passent par le CNT chaque mois.

Darasalam
Darasalam  » la super-maman »

« Le problème c’est que trop d’enfants arrivent ici après être passés par les charlatans et les guérisseurs traditionnels. Les femmes viennent au centre de santé avec des mélanges bizarres que leur ont donné ces gens. Certains enfants arrivent entre la vie et la mort. Je demande aux mamans d’oublier tout ça et de nous laisser travailler si elles ne veulent pas perdre leur enfant. »

Une ambiance particulière règne dans le CNT où les pleurs des bébés, les sonneries de téléphone et les vibrations des brancards rythment une atmosphère chaude et aseptisée. Des femmes, souvent très jeunes, portent leurs bébés parfois invisibles sous leurs pagnes.

« On peut soigner par les médicaments, mais on soigne aussi par le rire, » dit-elle en souriant. Le matin, Darasalam commence par une petite causerie avec les femmes. « J’essaye de les faire rire, de les faire réagir. Pour faire mon métier, il faut avoir un mental de combattante et le talent d’une comédienne » ajoute-t-elle.

Après quelques jours passés au Centre, les femmes, qui ont quitté le foyer familial et leurs enfants, sont souvent pressées de rentrer chez elles. Mais Darasalam a un argument sans faille pour les convaincre : « Je leur dis souvent : mais pourquoi tu as pitié pour ton mari et pas pour ton enfant ? Si ton enfant pouvait parler, il te demanderait d’avoir pitié aussi ». Parfois ce sont les maris qui insistent pour faire rentrer leurs femmes et enfants. J’ai l’habitude de leur dire « Soyez patient, si votre enfant trouve la santé, il vous appellera papa. »

Un sourire permanent, un amour profond pour les enfants, telle est la recette simple de cette héroïne vivante pour réchauffer les cœurs des mères inquiètes et des enfants malades. « Moi j’ai six enfants à la maison, mais ici ce sont des milliers d’enfants que nous aidons à rester en vie. Je ne fais pas de miracle, j’essaye juste de leur redonner espoir. »

Grâce à nos partenaires, dont notamment la Commission Européenne – Aide Humanitaire et Protection Civile et UK-Aid, des agents de santé tchadiens passionnés et dévoués comme Daresalam sont en première ligne pour sauver les enfants de la malnutrition – Regardez la vidéo de son histoire et téléchargez les contenus multimédia ici.

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