Qui frappe à la porte ?

Par Davy Takendjilembaye

Un matin, au réveil, Noé Barmi a senti des douleurs aux jambes, de plus en plus fortes. Il n’avait que deux ans. Noé vivait avec sa famille dans un canton reculé de Dogou dans la Région de la Tandjilé. En ce temps, pour ses parents, il ne pouvait y avoir qu’une explication : leur fils était envouté.

Nahomie Habede travaille au centre de santé Hindina de Kélo : « Dans certaines communautés, surtout dans les années 2000, le vaccin contre la poliomyélite était vu comme un poison pour faire du mal aux enfants. Si une famille avait un malade, on pensait directement aux sorciers, mais quand la maladie frappe à votre porte, c’est difficile de s’en échapper. Maintenant, c’est nous, les relais communautaires, qui frappons à la porte des parents pour les sensibiliser à faire vacciner leurs enfants et éradiquer cette maladie pour de bon».

Noé passe alors par plusieurs guérisseurs traditionnels, sa douleur persiste et l’inquiétude de ses parents s’aggrave. Sa mère, Marie Blouka, raconte cette épreuve, la voix hésitante et le regard fuyant : «Après  l’accouchement, j’ai eu des problèmes avec mon mari, j’étais chez mes parents en brousse, et je ne suis plus retournée au dispensaire pour le faire vacciner. C’est cette petite distance, ce court trajet de la maison au centre de santé qui empêche mon fils de marcher aujourd’hui. »

Paralysé par la poliomyélite, Noé a sept ans aujourd’hui. Malgré son handicap, il joue avec ses frères et sœurs et les enfants du quartier sous le manguier qui offre de l’ombre à leur maison du quartier de Morey à la sortie de la ville de Kélo. Très courageux, il se déplace toujours avec ses béquilles en bois: « je dois utiliser les béquilles pour tous mes déplacements, ça me demande beaucoup d’efforts, surtout pour aller à l’école. J’ai des difficultés pour faire certaines choses, mais je me débrouille, » dit-il, souriant. 

Noe et sa mere_
Noé et sa mère Marie

« Je suis triste de le voir jouer avec ces béquilles à côté des autres enfants qui peuvent courir dans tous les sens. Il fallait juste une petite action, pas grand chose pour que la vie de mon enfant soit différente,» regrette Marie. « Marie, la mère de Noé, intervient souvent dans les campagnes de sensibilisation pour conseiller les mères et les inciter à faire vacciner leur enfant, son témoignage vivant est très écouté » souligne Nahomie.

Grâce à l’engagement du gouvernement tchadien, soutenu par des bailleurs engagés et au travers d’une proche collaboration avec l’UNICEF et l’OMS, le Tchad a pu interrompre la transmission du poliovirus sauvage. En 2011, le Tchad avait atteint un triste record avec 132 cas déclarés. L’éradication de la maladie dans un laps de temps relativement court est une victoire remarquable pour les enfants du Tchad.

Entre 2012 et 2015, des journées nationales et locales de vaccination et des campagnes de rattrapage ont touché plus de 3 millions d’enfants de moins de 5 ans. 85% des enfants tchadiens ont été immunisés avec au moins trois doses du vaccin oral contre la poliomyélite. Plus de 8 000 mobilisateurs sociaux et 9 000 vaccinateurs en moyenne ont été mobilisés à chaque campagne afin d’atteindre des millions d’enfants.

L’effort de l’éradication de la poliomyélite au Tchad s’est déroulé sous l’égide de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (GPEI) et a impliqué de nombreux partenaires. L’Union européenne, les gouvernements du Japon, du Canada et des Etats Unis, ainsi que des partenaires mondiaux tels que la Bill et Melinda Gates Foundation, GAVI Alliance, le Rotary International et le Center for Disease Control and Prevention (CDC) ont joué un rôle clé dans le financement des interventions qui ont permis d’éradiquer la polio au Tchad.

 

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