Défier la stigmatisation au Tchad

Par Cindy Cao

A visage découvert, Mani Djelassem Virgile, 18 ans, prend la parole en publique au nom de tous ceux qui, comme elle, vivent avec le VIH/Sida au Tchad. L’engagement de la jeune fille nécessite un courage hors pair pour faire face à la discrimination et la stigmatisation auxquelles sont souvent confrontées les personnes vivant avec la maladie.

Environ 210 000 personnes vivent avec le VIH/Sida au Tchad dont 14 % d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans. Mani fait partie de ce groupe pour lequel elle a choisi de se battre et de lutter contre les préjugés, pour que chacun puisse vivre avec les mêmes droits et dans les mêmes conditions.

Du silence à la violence, en passant par l’hostilité, les réactions face à la maladie sont variées. « Dans les villages, on nous critique, on nous pointe du doigt et on nous insulte parfois, » raconte Mani. « Quand je passe dans mon quartier, cela m’arrive encore ou à l’école, les autres m’appellent « sidéenne » en me montrant du doigt. » Face à l’adversité, Mani a des conseils à donner à ceux qui vivent avec les mêmes difficultés en société. « Il faut toujours être fier de soi. Il ne faut pas écouter ces gens-là, il faut écouter l’éducateur qui nous aide. Moi, je vis avec ça et ça ne me gêne pas. »

La discrimination et la stigmatisation entravent les efforts pour atteindre l’objectif 90-90-90 d’ici 2020 et mettre fin à l’épidémie du VIH chez les adolescents de 10 à 19 ans  d’ici 2030. Au Tchad, 3 jeunes sur 4 de 10 à 24 ans déclarent ne pas avoir recours aux services de prévention du VIH/Sida selon une enquête sur la vulnérabilité des jeunes au VIH menée au Tchad en 2014. Par crainte de se voir rejeter socialement, les jeunes ne se font pas dépister ou soigner s’ils sont séropositifs. « J’invite tous les jeunes à faire un test de dépistage le plus tôt possible. Une fois le résultat en main, ils pourront prendre les actions nécessaires et prendre un nouveau départ dans la vie. Pour ceux qui vivent avec le VIH/Sida, je les encourage à parler à visage découvert et à ne pas avoir peur.»

Un destin exceptionnel

Mani a été infectée par le virus à la naissance. « Mes deux parents étaient séropositifs, » raconte t-elle. « J’ai très peu connu ma mère qui est décédée des suites de cette maladie quand j’avais deux ans. » Un an plus tard, Mani avec son père se sont fait dépister au Cameroun, où ils habitaient.

Envoyée par son père à Moundou, au Sud du Tchad, auprès de son oncle, Mani a grandi sans comprendre la raison pour laquelle elle suivait un traitement médical au Centre Djenandoum Naasson (CDN). « Mon père ne m’expliquait pas ma situation et si je posais des questions, il me grondait. Il avait peur que je n’accepte pas mon statut et que les autres me discriminent. » Les professionnels de la santé lui ont annoncé la nouvelle. « J’étais prise de panique mais pas pour longtemps parce qu’ils m’avaient déjà préparée psychologiquement. J’étais déjà sensibilisée et informée sur le VIH/Sida. »

 Mani fait partie de ceux qui font de leurs douleurs d’hier, leur force d’aujourd’hui. « J’ai pris la ferme décision de ne pas baisser les bras, » dit-elle avec détermination. « J’ai décidé de m’investir et de me battre pour sauver et préserver la vie de mes amis et de toutes les personnes qui m’entourent. »

Officiellement nommée Porte-Parole des Jeunes par la Première Dame du Tchad le 1er décembre 2014, Mani se consacre à sa cause avec passion. « Lors de ma nomination, je suis passée à la télévision et j’ai eu l’opportunité d’inviter les jeunes à me rejoindre dans ce mouvement de plaidoyer et de sensibilisation sur ce virus et cette maladie. J’ai reçu beaucoup de sms et de messages de la part de jeunes. C’était vraiment gratifiant. L’avenir de notre pays repose sur nous.»

 

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