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« Je ne me souviens plus de rien, je me suis réveillé et… »

Par Emma Sandra Macia

Ousmane Abdallah Adam, un garçon de 14 ans, a vu sa vie basculer un matin d’octobre 2014 à Farchana, dans l’Est du Tchad.

Ce jour-là, Ousmane est sorti comme d’habitude avec ses compagnons pour promener et nourrir le troupeau de son père Adam Abdallah.

Sur son chemin, un objet étrange a attiré son attention. Il avait repéré cet objet depuis quelques temps, mais ce jour-là, il eut envie de « découvrir » ce que c’était réellement. Comme tout garçon de son âge, la voix de la curiosité a résonné plus fort, et il le prit et commença à le manipuler. Ses compagnons – ayant eu peur – se sont éloignés pour se cacher derrière un arbre, pendant qu’Ousmane explorer l’engin. Au but de quelques minutes, cet engin avait explosé et Ousmane ne se souvient de plus rien…. Il s’est réveillé à l’hôpital au côté de son père qui le regardait d’un regard triste. Ousmane avait perdu sa main droite.

Son père, les larmes aux yeux, nous raconte que cet accident a été un drame pour toute la famille et que la maman, alors enceinte, a perdu son bébé à cause du chagrin pour son garçon.

Lors de l’accident, Ousmane a été envoyé à l’hôpital de Farchana, puis évacué à l’hôpital d’Abéché où nous  l‘avons rencontré.

Le rêve le plus cher d’Ousmane est de devenir politicien pour régler les différends politiques qui l’ont contraint à quitter Darfour, sa ville natale. Il souhaite rejoindre de nouveau les bancs de l’école. « Le défi est d’apprendre à écrire avec la main gauche », nous raconte-t-il.

Au Tchad, malheureusement, les cas comme celui d’Ousmane ne sont pas des cas isolés.

L’UNICEF, en plus des programmes de sensibilisation sur le danger de mines et les restes d’explosifs de guerre, assiste également les victimes en leur fournissant un soutien psycho-social et facilitant leur réinsertion dans l’éducation.

Achta, victime de mariage précoce raconte son calvaire.

Par Kadja Gou Francoise

Achta vit avec ses parents à Bitkine dans le Guéra (Est du Tchad). Elle raconte sa terrible histoire qu’elle vit depuis deux ans.

« En décembre 2013, j’ai été mariée à un homme âgé de 25 ans alors que j’étais âgée  de 12 ans », confie Achta. Le mariage a été célébré à Bitkine. Et les parents ont conduit Achta chez son mari qui vit à 50 kilomètres de Bitkine.
« Mes parents m’ont mariée à Abdel sans mon consentement. Je ne l’aime pas et à cause de lui, j’ai abandonné l’école », se lamente Achta. Comme elle a été obligée de se marier avec Abdel, Achta a fui 3 fois de chez son mari pour rejoindre ses parents à Bitkine. Mais à chaque fois qu’elle fuyait, ses parents la ramenaient de force chez son mari. Ayant perdu l’espoir et vu qu’aller chez ses parents n’était pas une solution, Achta décide de prendre une destination inconnue. Toute seule, elle a parcouru plusieurs kilomètres à pied. Marchant dans la brousse, elle a été retrouvée vers une localité située à 45 kilomètres de Mongo par une équipe des militaires en mission dans la zone.
Achta a été conduite à la Brigade de Mongo où elle a tout avoué au Commandant. Ce dernier ayant suivi une formation avec l’appui de l’UNICEF sur les droits de l’enfant en décembre, a aussitôt convoqué les parents et le mari d’Achta. Suite aux différents échanges, Abdel a déclaré être prêt pour un divorce avec la petite Achta mais à condition que les parents lui remboursent tout ce qu’il a dépensé pour leur fille, à hauteur d’un million de F CFA. C’est ce montant exorbitant explique les raisons qui obligent les parents à ramener leur fille à chaque fois qu’elle fuyait son foyer. Mais « mon calvaire n’est pas terminé, car je suis enceinte de 5 mois d’un homme que je n’aime pas », confie Achta
L’affaire a été conduite à la justice de Mongo et tranchée partiellement. En effet, Achta a rejoint ses parents à Bitkine pour y accoucher. Apres l’accouchement, soit le divorce sera prononcé, soit elle pourrait rejoindre son mari à l’âge de 18 ans, selon sa décision.
Quelle chance pour la petite Achta ! Elle s’en est sortie malgré tout. Comme elle, des milliers de filles mineures sont victimes du mariage au Tchad, pour lequel elles sont obligées de vivre dans le silence en dépit des souffrances. Les victimes et leurs parents se réservent d’en parler et de dénoncer ces situations à cause de l’honneur, la préservation de la dignité de la famille et les pesanteurs socio-culturelles.

Au Tchad, ce sont 68% de filles qui sont mariées avant l’âge de 18 ans, selon le rapport de l’UNICEF en 2013. Le Tchad fait partie des 10 pays concernés par la campagne biennale de lutte contre le mariage des enfants lancée par l’Union Africaine.

C’est pour pallier à cette situation, que l’UNICEF vient  en appui au gouvernement dans le cadre de la campagne nationale ‘’Tous ensemble mettons fin au mariage des enfants’’ lancée le 14 mars 2015 à N’Djamena sous le haut patronage du chef de l’Etat Son Excellence Idriss Deby Itno.