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Tous vers le site de Daressalam, la maison de la paix

Par Charles Tayo Jiofack

Situé à 12 km de Bagasola dans la région du lac, le camp de réfugiés de Daressalam a été créé dans l’optique de rassembler les réfugiés nigérians éparpillés dans les différents sites, dans un endroit sécurisé où ils pourront bénéficier d’une prise en charge adéquate.

Les premiers réfugiés sont arrivés dans le camp le 12 Janvier 2015 en provenance des sites de Ngouboua, Tchoukoutalia, des iles de Kangalam et Teteoua où ils avaient passés quelques jours après leur départ précipité de leurs villages à la suite des attaques des membres de la secte islamiste Boko Haram. Une visite dans le camp a permis à notre équipe de vivre le quotidien des réfugiés.

Le choix du site d’accueil des réfugiés nigérians ne s’est pas fait de manière hasardeuse. En effet, le nom Daressalam signifie ‘maison de la paix’ en arabe. C’est donc tout à fait naturel que les autorités tchadiennes aient choisi cet endroit pour accueillir les réfugiés. Le site se veut un havre de paix où les réfugiés se sentiront en sécurité et en paix pour affronter l’avenir avec plus de confiance et de sérénité.

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A première vue, le camp ressemble à un village mais avec la particularité que les maisons sont toutes identiques. Les abris temporaires qui servent de maisons, construits par le HCR pour accueillir les différentes familles de réfugiés, s’étendent sur une grande surface de terrain mise à la disposition des réfugiés par les autorités tchadiennes. Un espace raisonnable sépare les abris qui sont disposés de manière à permettre une bonne aération du site. La présence des camions transportant le bois, les bâches et d’autres matériaux de construction est une indication que le camp est en plein expansion. Les gestionnaires y attendent près de 15,000 réfugiés.

C’est donc assez logique que de nouveaux abris soient construits car, le site continue de recevoir les réfugiés et plusieurs milliers y sont encore attendus dans les prochains jours. Mais en attendant, l’enregistrement des nouveaux venus se poursuit dans la grande tente qui sert de bureau au HCR. Après les formalités d’enregistrement, chaque réfugié est attribué un bracelet qui lui sert de pièce d’identité dans le camp. Les enfants et les femmes sont les plus nombreux, ce qui n’est pas une surprise pour les habitués des camps de réfugiés ou de déplacés. En effet, les enfants et les femmes, du fait de leur vulnérabilité, sont malheureusement les groupes de personnes les plus affectées par les conflits et les crises humanitaires.

Au milieu du camp, s’est développé le petit commerce, et les commerçants, pour la majorité des réfugiés nigérians, y vendent essentiellement des produits de première nécessité à savoir le savon, le sel, l’huile et le riz. Le petit marché grouille de monde mais tous n’y sont pas pour acheter ou pour vendre. Certains sont tout simplement en train d’errer, sans trop savoir où ils vont ou ce qu’ils cherchent. Les enfants par contre, sont attirés par les travaux d’aménagement du point d’eau situé non loin du petit marché. Certains d’ailleurs portent des récipients et attendent patiemment la fin des travaux pour approvisionner leurs familles en eau. Selon l’UNICEF, le site dispose à ce jour (03 Février 2015), de neuf points d’eau, un point d’eau pouvant desservir un total de 500 personnes.

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Plus au nord du camp se trouve le centre de santé. L’UNICEF a fourni les tentes et International Medical Corps (IMC) le personnel sanitaire qui assure la prise en charge des malades. Une bassine suspendue à une balance, le tout accroché à la charpente de la salle d’attente, est un signe que le dépistage et la prise en charge des cas de malnutrition chez les enfants sont une réalité dans la structure sanitaire. Dans la salle d’attente se trouvent quelques femmes qui attendent soit de se faire consulter ou de faire consulter leurs enfants. Face aux inquiétudes sur le ‘faible’ taux de fréquentation du centre, le personnel soignant se veut rassurant. ‘Le centre est fréquenté et le nombre de patients ne cesse d’augmenter’, affirment les infirmiers, tout en reconnaissant que plus d’actions de communication sur les services de santé disponibles permettrait d’accroitre le nombre de patients.

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Comme ces enfants, tous les réfugiés ont vécu les atrocités et le traumatisme est profond. Leur histoire est presque identique et les images sont presque les mêmes. Selon les différents témoignages, les membres de secte islamiste Boko Haram auraient attaqué leurs villages au petit matin alors que les habitants s’apprêtaient à se réveiller. Les réfugiés, heureux d’être en vie, parlent des corps qui jonchaient les rues, des maisons incendiées et des biens saccagés. Habitants des villages situés près du lac Tchad, plusieurs réfugiés ont pu fuir en utilisant les pirogues. Certains disent qu’ils ont passé plusieurs jours sur l’eau sans avoir de quoi manger. D’autres réfugiés seraient encore pris en otage dans les zones insulaires et seraient dans l’incapacité de rejoindre le territoire tchadien.

Malgré le traumatisme, ceux qui ont eu la chance de s’échapper se sentent plus en sécurité au Tchad. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne tarissent pas d’éloges en l’endroit des autorités tchadiennes et des acteurs humanitaires pour le soutien et le réconfort moral dont ils bénéficient depuis le début de la crise. Seule grande inquiétude des réfugiés, leur avenir qui pour l’instant, reste très incertain. ‘Mon souhait est de rentrer dans mon village’ déclare Abdoulaye Seid, qui est conscient du fait qu’il leur sera impossible de rentrer tant que leurs villages n’auront pas été pacifiés et leur sécurité garantie. En attendant, l’oisiveté semble être l’ennemi principal des réfugiés. Des commerçants et des pécheurs pour la plupart, ils ne sont pas habitués à l’inactivité. Les journées sont longues et les nuits interminables. ‘Je ne pense pas que je pourrais tenir longtemps’, déclare un réfugié tout pensif.

Contrairement aux hommes, les femmes semblent ne pas trop s’ennuyer. Certaines font la cuisine juste devant leurs abris et d’autres s’occupent des enfants. Amina, une jeune réfugiée souhaite rentrer à l’école mais en attendant qu’un programme d’éducation soit mise en place dans le camp, elle aide sa maman à faire les petits travaux ménagers. Elle garde espoir que leur situation va s’améliorer le plus rapidement possible et qu’ils pourront rejoindre leurs villages.

Mohamat Zanah: le miraculé

Par Charles Tayo Jiofack

Les récentes attaques de la section islamiste Boko Haram dans le Nord du Nigéria ont entraîné des déplacements de milliers de nigérians et de retournés tchadiens qui ont pris refuge sur le territoire tchadien. Parmi les personnes déplacées se trouvent des enfants non accompagnés.

Mohamat Zanah, un bébé de six mois est parmi la centaine d’enfants non accompagnés qui se trouvent dans les camps de réfugiés à Bagassola et dans d’autres villages tchadiens proches de la frontière avec le Nigeria. L’enfant semble être en bonne santé et sa tutrice, Haoua Nassirou, une réfugiée nigériane, rassure qu’il prend du lait artificiel depuis qu’il a été retrouvé dans la nuit, tout seul, pleurant sur le corps inerte de sa mère, tuée par les membres de la secte islamiste Boko Haram.

La jeune réfugiée raconte que l’attaque de Boko Haram dans son village Doro Baga a eu lieu au petit matin alors que le village s’apprêtait à se réveiller comme d’habitude. Elle a encore en mémoire les coups de feu tirés par les assaillants et surtout l’image des corps sans vie des personnes qu’elle connaissait très bien et avec qui elle avait vécu jusque-là.

Grâce à Allah, dit-elle, ses huit enfants et elle ont pu échapper à la tuerie pour rejoindre les bords du Lac Tchad où ils ont pris une pirogue pour se réfugier en territoire tchadien. C’est au cours de la fuite vers le lac, poursuit-elle, qu’elle a découvert un bébé pleurant sur le corps sans vie de sa mère. Malgré la difficulté qu’elle éprouvait déjà à trainer huit enfants dans la nuit, elle a décidé de prendre le petit garçon avec elle. ‘Je ne pouvais pas l’abandonner’ dit-elle en le regardant avec affection. Depuis cette fameuse nuit où leurs destins se sont croisés, elle prend soin de lui autant qu’elle le fait de sa dernière fille qui est née il y a juste trois semaines.

Mohamat Zanah et les autres enfants non accompagnés ont désormais un abri et sont en sécurité dans des familles d’accueil. Pour l’instant, le souci majeur de la jeune maman est de nourrir et de soigner les deux nourrissons dont elle a la charge. Elle et son mari ont tout perdu et ne dispose pas de moyens financiers pour subvenir aux besoins de leur famille. Malgré tout cela, l’espoir existe. Le Gouvernement du Tchad et la communauté humanitaire sont à leur chevet et les réfugiés en sont reconnaissants. Mais au-delà de cette assistance nécessaire au vu de la situation actuelle, Haoua, comme d’autres réfugiés, rêve du jour où elle rentrera dans son village, un village pacifié où elle pourra continuer à éduquer ses enfants.

L’avenir des enfants non accompagnés ou même de ceux qui ont leurs parents auprès d’eux, dépend largement de l’évolution de la situation dans les mois à venir. ‘Si nous avons la chance de rentrer, je pourrais soit remettre le petit Mohamat Zanah à sa famille biologique ou alors le garder indéfiniment’, conclut Haoua.

Pour les responsables de la Delegation de l’Action Sociale et de l’UNICEF, l’exemple de Haoua Nassirou mérite d’être encouragé et émulé par d’autres personnes afin de redonner espoir aux nombreux enfants qui n’ont plus d’attache familiale suite aux différents conflits.