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« Je ne pouvais pas rester les bras croisés »

Par Mani Djelassem Virgile

Né le 10 Mai 1998, de parents séropositifs, Mani Djelassem Virgile vit à Moundou dans le sud du Tchad. Infectée par le VIH/Sida à la naissance, sa mère est morte du Sida lorsqu’elle avait deux ans. Mani est l’une des rares filles qui s’est engagée aussi ouvertement dans la lutte contre le VIH/Sida au Tchad et au-delà.

Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Je savais que je pouvais prendre ma vie en main. J’ai décidé de devenir porte-parole parce que je ne veux plus que des enfants naissent avec le VIH, comme moi.

Comme des millions d’enfants dans le monde, j’ai été infecté par le VIH à la naissance. J’étais malade en permanence et je demandais à mon père pourquoi je prenais des médicaments tout le temps. Ce fut seulement lorsque je suis partie au Centre Djenadoum Naason de Moundou que j’ai compris que j’étais infectée par le virus. C’était un peu difficile à certains moments, c’était même très difficile.

Je ne pouvais pas supporter la stigmatisation et j’ai décidé de rejoindre le club des adolescents du Centre Djenandoum Naasson. C’est là que j’ai trouvé un peu de soulagement et d’espoir. Avant, je me sentais trop stigmatisée par mon entourage, mais maintenant, ce n’est plus le cas. Je n’ai plus honte.

En allant à Addis Adeba, j’ai voulu demander aux grands dirigeants africains d’accorder une attention particulière aux jeunes et aux adolescents dans la prévention et la riposte au VIH/SIDA. J’ai aussi pu rencontrer des ambassadeurs de bonne volonté de l’UNICEF avec qui nous avons débattu sur le mariage des enfants. J’ai beaucoup appris et je me sens plus confiante maintenant.

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Mani a représenté la voix de la jeunesse pendant le sommet de l’Union Africaine en janvier 2015, à côté de la Première Dame et du Président de la République. En marge du Sommet de l’Union Africaine de 2015, elle a également participé à la 14ème Assemblée générale de l’OPDAS à Addis-Abeba devant un impressionnant groupe de Premières Dames et de chefs d’Etats Africains.

Le Tchad a fait d’importants progrès en fournissant un accès gratuit aux services de soins de santé pour les personnes vivant avec le VIH. Entre 2005 et 2013, le nombre de personnes recevant un traitement a triplé, même si beaucoup reste encore à faire, notamment pour les enfants et les adolescents.

Le gouvernement du Tchad, avec l’appui de l’ONUSIDA, l’UNICEF et ses partenaires, a lancé en novembre 2015, la campagne « All In », une plateforme d’action et de collaboration destinée à mobiliser un mouvement social afin d’obtenir de meilleurs résultats pour les adolescents dans la riposte au VIH/Sida chez les jeunes. Mani a été  l’une des premières à se mobiliser pour cette campagne aux côtés des plus hautes autorités.

A Moundou, une jeunesse pleine d’espoir

Par Davy Takendjilembaye

« Avoir le VIH n’est pas une fin en soi. Ces enfants veulent aller à l’école, ils ont les mêmes droits que les autres enfants. » Ousmang Prudence, une jeune fille dynamique et engagée, est une des animatrices du club des adolescents du Centre Djenandoum Naasson de Moundou. « J’essaye d’aider ces jeunes à vivre positivement avec leur maladie » raconte-t-elle.

La ville de Moundou est connue pour bien des choses, un climat plutôt clément, une économie dynamique, mais elle est aussi une des villes les plus touchées par le VIH et le Sida. Au niveau national, le taux de séroprévalence au VIH est de 2,5%. A Moundou, le taux est plus de deux fois plus élevé (6,4% pour la région).

Pour les adolescents de Moundou, le Centre Djénandoum Naasson (CDN) est un second souffle, un espoir de vie. Ce centre améliore le suivi et la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH et le Sida aux différents stades de la maladie, en minimisant les effets néfastes. On y organise des dépistages volontaires gratuits ainsi que la prise en charge globale des adultes et des enfants séropositifs.

« Comme tous les autres enfants, j’ai le droit d’aller à l’école et de rester en bonne santé. Je fréquente le club des ados depuis des années. J’y viens régulièrement pour prendre mon traitement et réviser mes leçons. » Jean* a 9 ans, et même s’il est né avec le VIH, il a confiance en l’avenir.

Vivre son adolescence avec le VIH n’est pas chose facile, surtout dans une ville où l’accès à des soins de qualité n’est pas toujours évident, malgré la mise à disposition gratuite des antirétroviraux par le Gouvernement.

Le VIH et le Sida n’affectent pas seulement la santé des enfants et des adolescents, c’est toute leur vie sociale qui se trouve bouleversée notamment à cause de la stigmatisation dont ils sont victimes. Pour les soulager, le Centre Djenandoum Naasson a aussi mis sur pied un Club des Jeunes Adolescents pour organiser des séances de causeries éducatives et des orientations pratiques sur toutes les questions liées à la vie de ces jeunes.

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Bénédicte, une des nombreuses animatrices du Club des Adolescents

« Je me sens à l’aise ici. On nous donne de bons conseils pour mieux vivre notre adolescence et notre puberté. Je rêve de devenir médecin pour sauver des vies mais je sais que dois sérieusement étudier pour y arriver, » raconte Remadji, une jeune membre active du club des ados du Centre Djénandoum Naasson, un havre de paix pour cette jeune fille plein de vie.

Dougsoum Oueina est aussi un animateur. Touché par le destin de ces enfants, il a décidé de s’engager à leurs côtés : « La plupart sont orphelins de père et de mère. Ils sont souvent stigmatisés par leurs camarades de classe. Je suis tellement admiratif de leur courage. Ils nous surprennent tous les jours par leur curiosité et leur détermination. Mon rôle, c’est de les aider à réussir dans la vie ! »

Le Centre Djénandoum Naasson existe depuis 2005. Depuis 2009, l’UNICEF vient en appui au centre dans la prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH et le Sida. L’UNICEF soutient l’organisation d’activités de prévention en milieu jeune et met à disposition des intrants pour le dépistage et la prise en charge médicale. L’UNICEF appui aussi le soutien scolaire et psychosocial de ces adolescents.

* Les noms des jeunes ont été changés

We walk together: adolescents leading a new generation positively in Chad

By Suzanne Beukes

On the surface, 17-year-old Mani Djelassem seems like any other teenager: she has a boyfriend, hangs out with her friends after school, reads magazines, and wants to be a journalist. But in reality, she is extraordinary.

Since the tender age of 13, Mani Djelassem has been speaking out about issues affecting adolescents living with HIV both in her home country of Chad and internationally, urging leaders to pay special attention to the challenges and responses for adolescents living with HIV, like herself. “I decided to get involved in the fight against HIV, because I’ve experienced it,” she says simply.

Slow progress for adolescents

Globally there have been major gains in almost every area of the response to HIV, but progress for adolescents is lagging behind. AIDS is the leading cause of death for adolescents in Africa. Most of these deaths are among adolescents who acquired HIV as babies and survived to their teenage years, either without knowing their HIV status or have not received the care they need.

Mani, like many other adolescents, only discovered she had HIV when she was already in her teens. “It was only when I was at the youth centre in Moundou that they informed me I was infected with the virus,” she says. “It was difficult.”

It was then that she embarked on a long and trying journey to disclose her status and deal with the realities of being HIV positive.

“They point at you”

The Djenandoum Naasson Adolescents Club in Moundou, is now where Mani spends much of her time mentoring other adolescents going through a similar experience.

“ When someone is out about their status, the others see that it is possible and that they don’t have to hide themselves, ” says Prudence Osmang, the Adolescent Club Counsellor.

One such teenager is Delar Chanceline, 15, who says overcoming stigma has been her greatest challenge.

“There are some friends that if you tell them ‘I’m positive’ they can’t keep a secret, they tell others ‘that girl is infected’,” she says. “And they point at you and that hurts a little.”

Now she says through the support at the centre and her friendship with Mani it is getting easier to manage.,

“When everyone knows, you are already free.”

The Naasson Centre is the only such facility in Chad providing medical and psychosocial support specifically for adolescents.

“Adolescents have very particular needs. They are going through a very transformative part of their lives and they need very specialized psychosocial support as well as quality healthcare and treatment,” says Thomas Munyuzangabo, UNICEF Chief of HIV and AIDS in Chad.

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This is why UNICEF Chad is working with the Naasson Centre to create a model for HIV care for children and teenagers for the rest of the country. Chad would like to expand this approach, working with structures that are already in place.

“The idea is to use what we have learned at Naasson Centre to train and inspire youth in other parts of the county, and ultimately create a network of over 100 young people who can encourage youth to get tested, and raise awareness about HIV,” explains Munyuzangabo.

This is a considerable challenge but nothing Mani finds daunting. For the most part, the biggest hurdles have already been overcome.  “Before, I felt like that stigma would be attached to me. Now it’s different. I’m not ashamed, and I hope more and more will join the movement,” says Mani.

* The Government of Chad, with support from UNICEF and other UNAIDS cosponsors, launched in November the national All In to #EndAdolescentAIDS campaign, a platform for action and collaboration to inspire a social movement to drive better results for adolescents through critical changes in programmes and policy.