Archives pour la catégorie VIH SIDA

AMFACHIR, la fillette qui sauve ses parents

Dès notre entrée dans la cour, une fillette pleine de vie nous accueille d’un air joyeux. Sa mère essaie de la retenir dans sa course. Halimé Moussa, paraissait plutôt jeune avec ses 19 ans et ce, malgré un mariage et une maternité précoce. Elle a été forcée par ses parents à se marier et a dû quitter la classe de 3ème de sa ville natale de Sarh au sud pour rejoindre son mari à Mongo au centre du Tchad.

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UNICEFChad/2018/Azoura

Après de brèves salutations, Halimé nous installe sous sa véranda, encerclé de modestes maisons. « Tout a commencé avec des vomissements, des diarrhées et des amaigrissements. Je ne savais pas de quoi souffrait ma fille Amfachir » me confie-t-elle d’une voix calme mais empreint de tristesse. « Nous sommes allé au dispensaire du quartier mais son état ne faisait que s’empirer. Nous nous sommes rendus ensuite à l’hôpital et le médecin a découvert qu’elle souffrait de malnutrition. »

Elle baisse la tête un moment et avec une profonde inspiration, elle reprend son récit : « après les examens, le médecin m’a informé que ma fille avait le sida et m’a demandé de faire moi aussi le test de dépistage. Mon test s’est révélé positif, de même que celui de mon mari. Dieu merci, ma fille, mon mari et moi prenons les médicaments contre cette maladie. ».

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UNICEFChad/2018/Nancy

Le dépistage des enfants malnutris dans les Unités Nutritionnelles Thérapeutiques (UNT) est une approche mise en œuvre par le Gouvernement du Tchad avec l’appui de l’UNICEF dans les Provinces du Batha, Guéra et Salamat afin d’améliorer la prise en charge pédiatrique du VIH chez les enfants et favoriser le dépistage des parents. Tous les enfants admis dans ces formations sanitaires sont systématiquement dépistés après counseling des parents et les cas positifs mis sous traitement ARV à la pleine satisfaction de Dr. Régina, médecin responsable principal de la Pédiatrie de l’hôpital provincial de Mongo « J’aime le fait de prendre soin de ces innocents. Ils arrivent dans une mort apparente : infections respiratoires aiguës, paludisme, maladies diarrhéiques, mais après les soins, ils s’en sortent. C’est une bonne initiative pour améliorer la prise en charge pédiatrique du VIH et le dépistage familial ».

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UNICEFChad/2018/Nancy

 

Malgré les succès de cette approche, il était très difficile au début de convaincre les parents pour le dépistage. En 2016 par exemple sur 864 enfants malnutris admis à l’UNT de Mongo, seulement 415 parents (48%) ont accepté le dépistage de leurs enfants. Ce gap a été rehaussé grâce à un travail assidu de sensibilisation et de counseling. Actuellement tous les enfants sont dépistés systématiquement.

ASTBF. Centre adolescentes pour l«information sur SIDA/VIH
UNICEFChad/2011/Esteve

Amfachir fait partie de ces multiples enfants et leurs parents qui ont été retrouvés par le biais de l’approche intégrée nutrition-VIH. Pour l’ensemble des Provinces concernées par l’approche, entre 2015 et 2017, sur plus de 11, 000 enfants Malnutris Aigus Sévères avec complication admis dans les UNT, plus de 10 000 ont été dépistés au VIH/Sida, avec 82 séropositifs sous traitement ARV.

Le défi principal est d’exploiter cette porte d’entrée pour élargir la prise en charge pédiatrique du VIH par le biais des unités nutritionnelles sur tout le territoire tchadien car les enfants de 0-14 ans séropositifs sous ARV ne représentent que 18% et le VIH fait partie des causes sous-jacentes de la malnutrition chez les enfants qui doivent bénéficier d’une prise en charge intégrée des maladies.

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Saving more than one life

In Chad, thanks to systematic HIV screening among malnourished children, families can hope for a better future

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In the Salamat region, Mariam, 22, sits out-of-sight inside a small office in the health center where she starts telling her story.

“Just a year ago, Ali, my 3-year-old son was admitted to the Nutrition Unit of this health center, he also had diarrhea and a lot of fever. Upon arrival, they screened him for HIV and someone came to tell me that my child was positive. I was really worried, where did this disease come from? I then voluntarily asked to be tested. My test was positive. I was scared but the nurses told me that if we take the medicines quickly, we could stay healthy.”

Mariam immediately thought about the health of her husband. “He had to be tested, I brought him to the health center. He was negative.” Édouard Gormo Lotouin, the head of the health center interrupts the conversation “I want to tell you how proud I am of Mariam, not only did she voluntarily get tested, but she also brought her husband. This is exactly the behavior we want from people who discover they have HIV.

Her husband’s reaction was also exemplary. “He said in front of me that he did not care how she caught this disease. She will always stay his wife and he will not abandon her. Despite the disease, they will live together.” adds Édouard Gormo Lotouin. Mariam nods and insists on the exemplary behavior of her husband. “Since that day, I have never felt any changes in the love that my husband bears me.”

Thanks to the systematic screening, when Mariam and Ali where admitted in the nutrition treatment unit, they received the appropriate antiretroviral treatment for HIV. “Since then, my son and I have been taking our medications regularly and we are in good health.”

Mariam was pregnant when she found that Ali and herself were HIV positive. ‘As soon as I was tested positive for HIV. The doctors explained to me that I could still give birth to a healthy child with some treatment. I finally had a daughter, Halimé, she is now a year old. She has been tested recently and she is negative.”

Mariam is confronted to the misconceptions on HIV in her community, which unfortunately leads people not to get tested. “People need to be tested and treated if they prove to be HIV positive. Since I take the medication I am well and I know it is the best solution but the people here are really unaware of this. I would like to share my experience with my community but it is difficult. I can only talk with the people who understand me.”

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Mariam stands in the door way of the health center hoping the best for Halimé and wishing that one day she will come out of the shadow to raise awareness in her community.

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UNICEF, with the support of its partners, has launched a plan to strengthen the national response to HIV. In the Guera, Batha and Salamat regions, the initiative to integrate systematic HIV screening among malnourished children in Ambulatory and Therapeutic Nutrition Unit has permitted to test the serology of 4,342 children out of 5,930 malnourished children admitted.

« Je ne pouvais pas rester les bras croisés »

Par Mani Djelassem Virgile

Né le 10 Mai 1998, de parents séropositifs, Mani Djelassem Virgile vit à Moundou dans le sud du Tchad. Infectée par le VIH/Sida à la naissance, sa mère est morte du Sida lorsqu’elle avait deux ans. Mani est l’une des rares filles qui s’est engagée aussi ouvertement dans la lutte contre le VIH/Sida au Tchad et au-delà.

Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Je savais que je pouvais prendre ma vie en main. J’ai décidé de devenir porte-parole parce que je ne veux plus que des enfants naissent avec le VIH, comme moi.

Comme des millions d’enfants dans le monde, j’ai été infecté par le VIH à la naissance. J’étais malade en permanence et je demandais à mon père pourquoi je prenais des médicaments tout le temps. Ce fut seulement lorsque je suis partie au Centre Djenadoum Naason de Moundou que j’ai compris que j’étais infectée par le virus. C’était un peu difficile à certains moments, c’était même très difficile.

Je ne pouvais pas supporter la stigmatisation et j’ai décidé de rejoindre le club des adolescents du Centre Djenandoum Naasson. C’est là que j’ai trouvé un peu de soulagement et d’espoir. Avant, je me sentais trop stigmatisée par mon entourage, mais maintenant, ce n’est plus le cas. Je n’ai plus honte.

En allant à Addis Adeba, j’ai voulu demander aux grands dirigeants africains d’accorder une attention particulière aux jeunes et aux adolescents dans la prévention et la riposte au VIH/SIDA. J’ai aussi pu rencontrer des ambassadeurs de bonne volonté de l’UNICEF avec qui nous avons débattu sur le mariage des enfants. J’ai beaucoup appris et je me sens plus confiante maintenant.

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Mani a représenté la voix de la jeunesse pendant le sommet de l’Union Africaine en janvier 2015, à côté de la Première Dame et du Président de la République. En marge du Sommet de l’Union Africaine de 2015, elle a également participé à la 14ème Assemblée générale de l’OPDAS à Addis-Abeba devant un impressionnant groupe de Premières Dames et de chefs d’Etats Africains.

Le Tchad a fait d’importants progrès en fournissant un accès gratuit aux services de soins de santé pour les personnes vivant avec le VIH. Entre 2005 et 2013, le nombre de personnes recevant un traitement a triplé, même si beaucoup reste encore à faire, notamment pour les enfants et les adolescents.

Le gouvernement du Tchad, avec l’appui de l’ONUSIDA, l’UNICEF et ses partenaires, a lancé en novembre 2015, la campagne « All In », une plateforme d’action et de collaboration destinée à mobiliser un mouvement social afin d’obtenir de meilleurs résultats pour les adolescents dans la riposte au VIH/Sida chez les jeunes. Mani a été  l’une des premières à se mobiliser pour cette campagne aux côtés des plus hautes autorités.