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L’engagement communautaire bâtit le chemin vers le développement local

Par Martina Palazzo et Noe Reouebmel

Nous sommes dans le district sanitaire de Bokoro, en pleine ceinture sahélienne du Tchad, où environ 16.000 personnes vivaient méconnaissant l’état sanitaire de leurs villages. Presque la totalité de ces gens – 98% d’après une enquête conduite par UNICEF et la Croix Rouge Française en juillet 2018- pratiquaient la défécation à l’air libre mettant à risque de maladies diarrhéiques 10. 405 enfants. Et ici, à Abgode, il ne faut pas oublier, la diarrhée tue un enfant sur trois.

UNICEF et la Croix Rouge Française (CRF), grâce au support financier de KfW Development Bank, ont décidé d’intervenir afin de donner une réponse aux urgences d’ordre hygiéno-sanitaire et sont descendus sur le terrain cote à cote des communautés pour les transformer en acteurs résilients et actifs. D’abord une auto-analyse de la situation sanitaire, ensuite l’élaboration d’une vision commune vers un environnement sain pour les enfants, enfin un plan d’action endossé par les chefs traditionnels et les autorités : voilà comment les communautés se sont fait agents du développement local. Nous sommes au tout début de l’impulsion d’une dynamique communautaire par l’Approche Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC).

L’ATPC a été privilégiée pour stimuler d’un côté la mobilisation communautaire dans les villages à assainir, et de l’autre côté bâtir sur cohésion sociale instaurée et promouvoir l’autonomie des femmes. Ainsi, UNICEF et la CRF ont outillé des groupements féminins dénommés « Club de mères » pour conduire des activités génératrices de revenus. Ces femmes ont vite pris le contrôle et conduit leurs villages vers l’abolition de la pratique de déféquer à l’air libre.

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Membres du « Club de meres d’Abgode ». ©Unicef Chad/2019/Reouebmel

 

« Avant le programme, nous avions connu beaucoup de difficultés dans la vie au quotidien. Nous n’avions pas de latrines dans nos concessions. Pour se soulager, nous devions prendre notre Sakane[1] et faire des centaines de mètres. Ceci est plus pénible pour une personne malade ou si c’est la nuit qu’il faut faire ce déplacement. Nous buvions de l’eau prise dans les mares sans traitement et nous n’avions pas l’esprit ouvert pour nous organiser en vue de mener des activités pouvant nous permettre de gagner de l’argent pour subvenir à nos besoins. », nous témoigne Mme Fatimé Adoum Idriss, présidente du Club des mères « ALMA HANNA » (Solidarité en arabe) du village Abgode, lors de la cérémonie de certification des villages ayant atteint la fin de la défécation à l’air libre (FDAL).

En 1 an, UNICEF et la CRF ont joint leurs efforts pour réhabiliter et construire 30 forages équipés de pompes à motricité humaine. Les capacités des groupements de femmes ont été renforcées au traitement d’eau à domicile mais aussi à la construction de dalles dont les revenus vont dans une caisse commune de solidarités de santé.

«Depuis, notre village a un autre visage et la population a acquis un autre comportement. Particulièrement nous les femmes, nous avons gagné beaucoup de choses à travers ce projet. Plus besoin de faire des distances pour se soulager, nos latrines sont dans nos concessions. Nous avons de l’eau potable dans le village et en plus, nous sommes outillées pour traiter l’eau avant de la boire. Ça nous laisse du temps pour faire autre chose », continue Fatimé.

Le surplus du temps dont elle parle est précieux en raison du fait qu’il leur permet de se dédier à des nouvelles activités génératrices de revenu, telles que la transformation des produits alimentaires, ou bien la vente des dalles construites. Tout au long de la mise en œuvre du projet, les femmes ont été accompagnées dans l’identification des activités, la formation et l’appropriation des outils qui leur ont été offerts par UNICEF et la CRF.

Fatimé nous a présenté la décortiqueuse de ce groupement de femmes. «Ce moulin permettra de décortiquer le mil, un travail qui nous épuise parce que demandant assez d’énergie pour piler au pilon et qui prend du temps. Désormais, nous allons consacrer le temps passé pour mener d’autres activités. Dorénavant, nous nous sentons comme nos sœurs de la ville qui ont ces facilités. Cette décortiqueuse nous fera gagner de l’argent pour notre groupement et notre caisse de solidarités Santé et pour le développement du village».

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Mme Fatimé Adoum Idriss à côté de la décortiqueuse. ©Unicef Chad/2019/Reouebmel

Et sur le futur, elle dit : « Avec les recettes qui seront générées par l’exploitation de ce moulin, nous pensons les investir pour créer d’autres activités génératrices de revenus. ».

Grâce au leadership de ces femmes, l’engagement des leaders traditionnels et des communautés, 16,000 personnes vivent désormais dans des villages assainis. Mais UNICEF et la CRF ont investi aussi sur le long-terme, tout en croyant dans le moteur de l’engagement communautaire pour le développement.  Grace à leur appui, les populations locales ont pérennisé leurs nouveaux acquis et renforcé la résilience.

[1] La Sakane est une bouilloire utilisée au Tchad pour le lavage des mains et le nettoyage anal.

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Ce projet, financé par KfW Development Bank depuis Décembre 2017, cible près de 606 000 personnes vivant dans les provinces de Kanem, Barh El Gazal and Hadjer Lamis en pleine ceinture sahélienne au but d’améliorer l’accès aux services de santé et assainissement de qualité.

Déné Pulchérie, une femme maçonne au service de l’assainissement de sa communauté

Déné Pulchérie est l’une des rares femmes exerçant le métier de la maçonnerie au Tchad mais aussi la seule femme à avoir bénéficié de la formation organisée par l’UNICEF en Avril 2018 sur la fabrication de dalles SANPLAT dans le cadre de l’appui à la réponse pour l’accès à l’eau potable et aux services d’hygiène et assainissement de base au bénéfice des réfugiés centrafricains et de la communauté hôte à Nya-pendé, un département de la région du Logone-Oriental.

Native de Goré, Déné est intéressée par ce métier car elle est la fille d’un maçon et a épousé un maçon : « Mon papa (défunt) fut un chef de garage et maçon. Dans ses activités de construction de notre cuisine, de la clôture et autres, je m’associais à mes frères pour l’aider. De fil en aiguille j’ai commencé à aimer le métier au point de me marier à un maçon avec qui je vis et nous avons à ce jour 6 enfants. » confie-t-elle.

A Goré il y a eu un grand engouement particulier pour cette formation de la part des membres des groupements des maçons venus nombreux incluant 28 artisans maçons dont Déné qui n’a pas caché son désir d’apprentissage en matière de pose de dalles SANPLAT et a démontré sa motivation lors du test pratique de fabrication de dalles en réalisant avec succès la latrine pilote à la Mairie de Goré.

L’exemple de Déné interpelle et encourage l’implication des femmes en plus de celles des hommes dans le secteur d’assainissement et d’hygiène des communauté : « Pour cette formation, c’est mon mari qui a été invité mais il m’a demandé de le représenter. J’ai beaucoup appris de cette formation sur la dalle SANPLAT qui est très économique, facile à fabriquer et à utiliser. Pour nous à Goré, ça va être un soulagement surtout pour une famille pauvre et nous comptons vulgariser cela soit à travers la mairie ou notre groupement des femmes. » témoigne-elle.

En effet, l’ancienne méthode de fabrication de dalle en béton armé consomme beaucoup de matériaux car son épaisseur varie entre 10 à 15 centimètres et elle coute entre 10 000 et 15 000 CFA. La dalle SANPLAT nécessite moins de matériaux et ne coute que 4 000 CFA environ. Ce qui est plus abordable pour les familles.

« Le gravier et sable ne coûtent pas cher à Goré. Notre grand défi va être la disponibilité des moules. Car grâce aux dalles SANPLAT, les ménages les plus démunis de Goré qui défèquent à l’air libre pourront construire leurs propres latrines et améliorer leurs sanitaires. Nous disons Merci au SECADEV et à l’UNICEF pour nous avoir donné une connaissance très capitale qui sans doute permettra de réduire le taux de défécation à l’air libre dans les villages et dans un proche avenir dans les quartiers de la ville de Goré. » conclue Déné.

Déné a été formée avec le soutien des fonds CERF (Central Emergency Response Fund). Grace à ces fonds, en 2018, l’UNICEF a formé 28 artisans maçons et environ 350 latrines familiales ont été construites à Goré.

L’UNICEF continue la même approche stratégique à Hadjer Lamis avec la formation de 30 artisans maçons dont 10 femmes avec l’appui de KFW, en partenariat avec la Croix-Rouge Française. Ces 10 femmes, tout comme Déné, continuent de former d’autres femmes, le but étant de permettre aux femmes d’avoir les outils et ressources nécessaires pour participer pleinement à l’assainissement de leurs communautés et participent ainsi à l’objectif d’éradication de la pratique de la défécation à l’air libre.

Au Tchad, selon le rapport JMP de 2017, 68% de la population soit environ 9.5 millions de personnes pratiquent la défécation à l’air libre. Le Gouvernement Tchadien à travers le Ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Pêche, a officiellement lancé en Novembre 2018 une feuille de route pour un Tchad sans défécation à l’air libre d’ici 2030. L’UNICEF est engagé aux côtés de l’Etat Tchadien pour soutenir la mise en œuvre de cette feuille de route au travers d’actions concrètes telles que les formations de femmes exceptionnelles comme Déné qui contribueront grandement à appuyer le Gouvernement à relever le pari de zéro défécation à l’air libre d’ici 2030.

A woman’s voice against cholera

In Chad, women are discrete except when it comes to raising awareness.

Ababa Abakhar is a well-known preacher in the community of Am-Timan, in the East of Chad. She decided to use her notoriety to raise awareness on the cholera outbreak and good hygiene practices to stop the propagation of this disease.

In the confine of her house, Ababa talked intensely of her commitment in fighting cholera. “I want to tell my sisters to take their courage with both hands and start cleaning their house and the street in front of their house so that we can leave free from diseases like cholera.

Ababa Abakhar, 45, is a highly-regarded figure in Am-Timan. Teaching women Koran, she is followed by more than 400 women who attend her sermons each Sunday. “Am-Timan is my home, and people know me” she reminds us naturally.

When the outbreak was declared, Ababa was already in great position to take part in the efforts to combat the spread of cholera. A position she endorsed quite early at the onset of the outbreak.

I went to see and visit the women who were sick in both the Cholera Treatment Unit (CTU) and their home. It helped me realize the urgency of the situation and I decided to include this issue in my sermons to women.”

With the trust of women in her community, Ababa supported health workers to pass the right messages to families, and more particularly change at-risk attitudes and behaviors which at first could appear to clash with ancient traditions.

It was hard for families to understand that they could not get the body back right away, like we are supposed to in our religion” explains Ababa. “I talked to the families to help them understand the risks of contamination. After talking to them, they understood that the body needed to be treated first and then it would be given back for burial without any risk of contamination.”

But for Ababa the main challenge lies in a much deeper issue, the one of hygiene. “You don’t need to wear glasses to see the hygiene issue in Am-Timan. Cholera is also due to this lack of hygiene. I really want to use my notoriety to make women change their ways so that this disease never comes back to Am-Timan again. The only solution is for the community to realize the situation so that they can act on it.”

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In getting communities mobilized and effectively improving hygiene behaviors, women are key. “The health of a child depends on his mother” explains Djiwerie Oussmane, president of ANNASSOUR, a women organization working in the district of Am-Timan. “If she understands how to prevent cholera she can have the tools necessary to assure the well-being of her child. Mothers are the core of a family.

Ababa was one of the 100 women trained by UNICEF’s partner ANNASSOUR to raise awareness of women in the community on children’s rights, and in relation to the seriousness of the cholera outbreak.

In our tradition, woman like Abbaba are very respected by our community because of their religious education and knowledge” continues Djiwerie. “When they speak out, everybody listen. If we want to get our message across we need to go through these canals.

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The support of Annasour helped Ababa to go beyond her sermons, and record a prevention message at the community radio “Darbadja”, explaining cholera transmission and prevention.

I want women to be aware that cholera is caused by bad hygiene practices and that we can easily avoid it if we take some measures like washing our hands with soap, sweeping our house, sanitizing the space where we sleep and treating the water before drinking it.

In the hand of a well-known women as Ababa, radio became an even more powerful mean to reach out to those other women in more remote and rural places who do not always have access to water points that can be found in the city.

Using the radio is a good way to reach women, especially the ones who are leaving the city to work in the fields. They need to treat the water they get from the pond or the river. It is important for those women to bring water purifier packets with them.”

Ababa’s commitment towards the well-being of her community is inspirational and shows the significance of religious leaders’ mobilization in the interest of reaching everyone, especially every woman.

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Since the beginning of the epidemic in the Sila and Salamat region, on August 14th 2017, more than 1,200 cases have been identified and 71 death registered. Thanks to the Humanitarian Aid and Civil Protection department of the European Commission (ECHO) and SIDA (Swedish International Development Agency), UNICEF has supported community radios, religious leaders and women organization to raise awareness on cholera contamination and prevention, and prevent further escalation of the epidemic.