Archives pour la catégorie WASH

Zenabou stands for peace

By Cindy Cao

Chad is both her native and new country. Zenabou Abou, 47, was a victim of war in Central African Republic (CAR) and she is today what we call “a Chadian returnee.”

Zenabou was born in Chad and left at the age of three to CAR where she married and raised her 7 children. « My husband was a veterinarian. He studied at the University of Bangui, » she says with nostalgia.

2013 was a turning point. « When the war broke out, my husband was in Bangui. He died trying to reach us in Bossangoa. » Her face becomes harder as she reveals her story. « An armed group fired on his vehicle. Some survivors managed to escape and told me he was dead. I could not know if it was true. I could not go and see his body. « 

The pace of her voice begins to speed up. « I haven’t had time to grieve properly for my husband. It was necessary above all to save my children. » Zenabou took her family to a school which was secured by peacekeeping forces. The school was attacked three days later. « I was running terrified in the schoolyard to find my children. I saw my son falling dead from the bullets. I myself got shot in the arm, » she says raising her sleeve and pointing to the scar. A flood of emotions overtakes her and tears start to run down her cheeks.

Living with fear

In the days that followed, reinforcements arrived at the school and vehicles were evacuating survivors to Chad. Zenabou and her family managed to climb into a truck. “We were attacked again on the way. We got really scared as soon as we heard gunshots. This time, nobody died. We managed to cross the border.”

As she arrived in Chad, she was welcomed with other Chadian returnees and Central African. « I found people I knew. It was good. » Zenabou and her family have access here to basic social services: nutrition, health, water and sanitation, protection, income generating activities and sensitization to peaceful cohabitation.

This multiple assistance is now funded by the European Union and implemented by a United Nations Inter-Agency Network (UNICEF, FAO, UNHCR, IOM, WFP). It is vital to contain possible tensions that might arise between different groups: refugees, returnees, host communities, farmers, herders, Muslims, Christians, etc. Basic social services are equitably provided to all to ensure social integration and peaceful coexistence.

« Sometimes at the water point where all women go, there are arguments, » explain Zenabou. « Some of them shout: ‘’You and your group, you killed our parents’ and others reply : ‘And you! I watched you beheading my family.’If they call their husbands, there could be a fight. « 

Zenabou understands well how important it is to prevent the importation of the conflict into Chad. « It is much better nowadays. People argue much less. All of us have been war-affected and we do not want it anymore. We understood that social mix and diversity are good. »

Zenabou says she feels « like another woman » since she participated in the community dialogue and awareness raising activities. She likes to give advice to people around her and feels active. « I think marriages between Muslims and Christians are good because their children will not want to kill anyone, but it’s still very difficult. This can create tensions within the family. It is not easy. » All forms of violence are no secret to her. « I also banned my children from excising their daughters and forcing them to get married too young. »

This the start of something

Her biggest dream is « to live in peace and rebuild my life. » Life’s hardships have forged her strength of character. She explains: « We lost all our belongings, our house and our vehicle. Everything was burned. Here, we are so poor. » However, she does not hesitate to roll up her sleeves to meet her current challenges.

« What do I want to ask to humanitarian organizations? Paid work, » she says with conviction. « We received financial assistance. We can borrow some money and then we need to contribute weekly to the common pot. I make some donuts and I sew so I can earn little money but it’s not enough to buy food every day. » Her solution: a sewing machine. « With a machine, I could work faster. I could sort this out and help my family,” she says determined.

Today, Zenabou leaves behind her the pains from yesterday so she can look to the future and build the foundations of a peaceful life for future generations.

EU-UNICEF_final_logo

« Ils ont fui la guerre. Ici, nous voulons tous vivre en paix »

Par Badre Bahaji

La cour du chef du village de Ramadja est un grand lieu de rassemblement. Alors que le soleil commence à descendre, les habitants du village, d’une mixité étonnante, se joignent à l’assemblée. En observant l’eau que le chef a apporté à ses hôtes, on s’aperçoit qu’elle est d’une grande pureté.

Marthe est une jeune fille de 16 ans. C’est elle qui a apporté l’eau que le chef offre à ses pairs. Avant de se diriger vers le forage d’où elle a puisé cette eau, elle fait un détour pour comparer celle de l’ancien puit traditionnel de son village avec celle du forage récemment installé grâce au soutien de l’Instrument contribuant à la Stabilité et à la Paix de l’Union européenne.

La différence est saisissante, et ce n’est pas qu’une impression. C’est l’avis de Lydie Ousmal, une mère de 7 enfants : « Quand on buvait l’eau du puit, mes enfants tombaient souvent malades à cause de sa mauvaise qualité. Depuis que nous buvons celle du nouveau point d’eau, aucun de mes enfants n’a été malade ! » dit-elle fièrement avant de continuer : « En plus, maintenant, quand quelqu’un du village est malade, on va au centre de santé du camp qui est tout proche. Cela profite à tout le monde. »

Le village de Ramadja est situé à 2 kilomètres de Danamadja et Kobiteye, deux camps de retournés de la République Centrafricaine qui accueille plus de 20 000 personnes. Entourés par les champs de sorgho et de coton, les habitants de ce village de 175 âmes ont subi de plein fouet les conséquences de l’arrivée des Tchadiens qui ont fui les violences de l’autre côté de la frontière.

Alaramadji Jeremy est le chef du village de Ramadja : « Depuis que les retournés sont arrivés, la vie de notre village a totalement changé. Des ferricks de nomades se sont installés aux alentours du village. Ils utilisent nos terres et nos points d’eau. Comme ils ont perdu leurs troupeaux dans leur fuite, il ne leur reste plus que la terre à cultiver » raconte-t-il avant d’ajouter : « On doit s’entraider. On est différents mais on doit vivre ensemble. »

5Y5A7307-lite

Juliette est une jeune fille de 15 ans qui a de l’ambition pour elle et sa famille. Malgré les difficultés, elle tient absolument à terminer sa scolarité. Depuis que l’école voisine du camp a ouvert des classes supplémentaires, elle peut nourrir cet espoir : « A l’école de Kobiteye, on est tous mélangés. Dans ma classe, il y a 41 enfants des villages et 37 retournés. On ne parle pas les mêmes langues mais on s’aide. On se prête les feuilles et les stylos quand on a besoin, » dit-elle timidement.

Nantamadji Tibde est un agriculteur de 36 ans. Il cultive principalement du mil, du coton et des haricots. Il raconte qu’un jour, alors qu’il travaillait dans son champ, des retournés de RCA l’ont approché. « Quand ils m’ont raconté leur histoire, ça m’a beaucoup touché. Après avoir parlé au chef du village, je leur ai donné un tiers de ma terre pour qu’ils se la partage entre eux. Avant je récoltais entre 20 et 25 sacs de mil, maintenant seulement entre 12 et 15. Mais qu’est-ce que je peux faire ? Ils ont fui la guerre. Ici, nous voulons tous vivre en paix. »

5Y5A7280-lite

Le village de Ramadja a bénéficié du soutien de l’Instrument contribuant à la Stabilité et à la Paix de l’Union européenne, notamment par la construction d’un forage moderne, facilitant ainsi la cohabitation pacifique entre communautés hôtes et retournés de RCA dans le sud du Tchad.
Grâce au soutien de l’IcSP, l’UNICEF concentre son action sur l’accès à des services sociaux de base à savoir la santé, la nutrition, la prévention du VIH/Sida et l’éducation. L’UNICEF favorise aussi l’accès à l’eau potable, aux structures d’assainissement et à l’amélioration des pratiques d’hygiène. Dans le domaine de la protection, l’UNICEF facilite la réunification familiale et le soutien psychosocial des enfants.  

Learn more: 1-pager-EU-Stabilisation-Fund-EN_web_final

En savoir plus :1-pager-EU-Stabilisation-Fund-FR_web_final

EU-UNICEF_final_logo

Changer les comportements en s’amusant

Par Badre Bahaji

« Voisin, comment tu peux mettre ta main dans le plat sans te laver les mains avant, arrête tout de suite de manger et viens ici d’abord ! » crie une jeune femme alors qu’elle essaie de reprendre à trois hommes déguisés un plat de manioc qu’elle vient de servir. Une foule s’est formée autour de la troupe, les commentaires et les rires fusent.

Je me retourne et je vois des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui marchent au bord de la route en cette matinée ensoleillée.

Pourtant, à cette période de l’année, les populations sont occupées aux travaux dans les champs. Mais aujourd’hui une activité plus intéressante a réuni les habitants des villages environnants à Boura, petit village devenu la scène de la troupe de théâtre Arc-en-Ciel de Guelendeng.

Ce jour, j’ai assisté à deux sketches sur l’hygiène et sur les consultations prénatales, des thèmes qui n’ont pas été choisis au hasard : « On parle de la réalité, parce que ce sont des mauvaises habitudes que l’on voit tous les jours, on n’a pas besoin d’avoir internet, on s’inspire juste du quotidien, » me dit Marco Ganonta, un des membres de la troupe.

« – Tiens voisin, prends ce beignet, il est tout chaud, c’est délicieux ! – Attends, attends, je vais me laver les mains d’abord » le personnage habillé d’un long boubou et d’une fausse barbe se dépêche alors de se laver les mains et la foule n’en finit plus de rire.

16

L’ONG APR avec le soutien de l’UNICEF et du Fonds Français Muskoka forme des relais communautaires et utilise le théâtre pour faire des sensibilisations sur la santé dans les communautés. Je m’assois à côté de Mr Tidjem, Président de l’APR qui a l’air très amusé : « Les sketches m’ont fait pleurer de rire. Nous utilisons l’humour et le divertissement pour encourager nos parents à réfléchir sur nos comportements. Ici la plupart des gens ne savent ni lire ni écrire, et il y a des questions importantes que l’on peut aborder par le théâtre sans les mettre mal à l’aise. »

Il ajoute : « Justement dans ce village de Boura en 2013, les relais n’avaient pas trouvé une seule femme qui pratiquait l’allaitement maternel exclusif. Les relais ont pu suivre cinq femmes enceintes pour les convaincre, ces cinq femmes ont vu les résultats sur la santé de leurs enfants et d’autres ont suivi le mouvement depuis. C’est comme ça qu’on amène le changement, petit à petit. »

La représentation se termine sous les applaudissements. Mais après les rires viennent parfois les résultats, comme me l’explique Zakaria Ahmat, un autre membre de la troupe : « Il y a quelques mois, on a fait un sketch sur l’éducation où un des personnages est un maitre communautaire qui se sacrifie pour éduquer les enfants mais quand il vient demander son salaire aux parents, tout le monde s’enfuit.

A la fin de la représentation un maitre communautaire s’est levé pour donner son témoignage proche de celui que nous avions mis en scène. Quelques jours plus tard, on a appris que les villageois l’avaient finalement payé. »

Les membres de la troupe reprennent leur souffle et me livrent leur dernier message: « Nous on aime ce qu’on fait, nous ne sommes pas des ingénieurs qui peuvent amener l’eau ou des médecins qui peuvent soigner, mais on essaye de faire passer des messages et de nous amuser au moins autant que ceux qui nous regardent. »

Le Fonds Français Muskoka (FFM) a pour objectif de réduire la mortalité maternelle, néonatale et infantile et d’accélérer l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) 4 et 5, à travers le renforcement des systèmes de santé de 10 pays francophones d’Afrique et Haïti.

image001