Pour la construction d’écoles « vertes » au Tchad

L’UNICEF entend bien lutter contre le réchauffement de la planète et atténuer l’impact du changement climatique. Le programme de construction d’écoles respectueuses de l’environnement figure au premier rang de nos priorités. Entretien avec Mario Bacigalupo, Spécialiste en Construction à l’UNICEF.

Propos recueillis par Badre Bahaji

La construction d’écoles écologiques est-elle une priorité au Tchad ?

Au Tchad, la population subit déjà les effets dévastateurs du changement climatique. Par ailleurs, de nombreuses écoles sont délabrées et en sureffectifs et ne sont dotées ni de suffisamment d’enseignants ni de matériel et ne disposent même pas des infrastructures les plus élémentaires. Utiliser des matériaux d’isolation écologiques qui aident à maintenir les températures intérieures basses est d’une importance primordiale dans un pays comme le Tchad, où la température peut atteindre 50 °C et où la coupe de bois, notamment pour faire cuire les briques a un effet dévastateur sur l’environnement.

Quel impact ces écoles peuvent-elles avoir sur le taux de scolarisation ?

Les enfants ne sont souvent pas motivés à terminer leur scolarité et les parents ne voient pas pour quelles raisons ils les enverraient à l’école. Construire des écoles écologiques moins chères et plus agréables aura certainement un impact sur l’environnement mais aussi dans le domaine de l’éducation surtout dans les zones rurales. La construction d’écoles écologiques a un double impact : réduire le coût et le temps de constructions de salles de classe tout en améliorant les conditions de travail à l’intérieur de la salle, notamment parce que l’isolation permet de réduire les températures.

Combien de salles de classe doit-on construire chaque année pour répondre aux besoins du Tchad ?

Le Tchad doit construire environ 3,700 salles de classe par an d’ici 2020 pour atteindre les objectifs du PREBAT, le Programme du Gouvernement pour la Revitalisation de l’Education de Base au Tchad. De tels défis liés à la construction ne sont pas seulement coûteux mais représentent également une menace pour l’environnement. Le monde prend de plus en plus conscience de l’importance du rôle du secteur de la construction dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le moment est venu pour lui d’améliorer sa qualité environnementale.

Pour fabriquer les 7 000 briques traditionnelles en terre cuite nécessaire pour la construction d’une salle de classe, la moitié d’un hectare d’une forêt doit être brûlée, rejetant 100 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. A l’inverse, l’utilisation de materiaux écologiques permet de réduire de 95% l’emission de gaz à effet de serre.

Quel est l’apport des partenaires pour ce projet ?

Avec près de mille écoles construites en deux ans, l’UNICEF soutient le Ministère de l’Education Nationale qui a fait preuve d’un leadership remarquable pour l’introduction et la promotion de techniques de construction respectueuses de l’environnement dans le domaine de la construction d’écoles.

Néanmoins, cet effort n’aurait pu être acquis sans le soutien du Global Partnership for Education (GPE) et Educate A Child (EAC), qui prévoit au total la construction de près de 1600 salles de classe. Le programme prévoit également la construction de centaines de forages et latrines au sein de ces écoles.

Peut-on répliquer ce modèle dans d’autres secteurs ?

Je l’espère. Cette approche à la construction pourrait être élargie à d’autres secteurs. Bien entendu, il y a des défis à relever. Nous cherchons actuellement les moyens de remédier au goulot d’étranglement lié à la fabrication de brique en terre compressée, en remplacement de la brique cuite traditionnelle ou du parpaing. Nous aimerions que davantage de sociétés participent à la fabrication de ce type de brique. Nos efforts ne s’arrêteront pas là.

Mario Bacigalupo - Spécialiste en Construction à l'UNICEF
Mario Bacigalupo – Spécialiste en Construction à l’UNICEF

Les ‘Ecoles Amies des Enfants’, c’est quoi ?

La construction d’écoles amies des enfants et respectueuses de l’environnement est un moyen novateur qui permettra de contribuer à l’augmentation du taux de scolarisation au Tchad. Ces écoles visent à créer des environnements d’apprentissage sûrs et favorables.

L’utilisation de techniques et de matériaux de construction respectueux de l’environnement permet de réduire aussi bien le coût que l’impact environnemental de leur construction.

Par exemple, les écoles sont construites de sortes qu’un enfant en fauteuil roulant puisse accéder à l’école grâce à une rampe d’accès.

Le sommet sur le climat COP21 aura lieu à Paris en décembre, quelles sont vos attentes ?

Nous avons chacun un rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique parce que nous allons léguer cette planète. Ici, au Tchad, nous appuyons le gouvernement pour qu’il se positionne en tant que leader dans la construction d’écoles vertes dans la zone sahélienne.

Un dernier mot ?

Notre souhait est que l’impact de ce travail soit profond et durable. Nous sommes engagés à garantir une éducation de qualité basée sur les droits à chaque enfant en utilisant une approche qui tient compte des questions environnementales.

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L’éducation, moteur de la réussite

Par Davy Takendjilembaye

Moundou, deuxième ville du Tchad et capitale économique compte plusieurs écoles privées et publiques où les enfants ont plaisir à étudier. En ville, la plupart des écoles ont de vraies salles de classe et tables-bancs. Pourtant, non loin de cette ville moderne, c’est une autre réalité pour les enfants de Mbalkabra. Ce village, entouré de végétation, est difficilement accessible en saison des pluies, mais en arrivant à l’école entourée de manguiers, les enfants nous réservent un accueil très chaleureux.

Le premier élève qui s’approche de moi s’appelle Mbailassem Gérard. A 11 ans, Gérard est très curieux, intelligent et a l’esprit ouvert. Cette année, il entre en cours moyen : « Je suis très content d’étudier pour la nouvelle année dans des salles de classes en dur qui sont en train d’être construites, avec des portes, fenêtres et surtout des tables-bancs. L’année passée, on étudiait sous une cabane en paille ». J’observe alors ce qui faisait augure de salle de classe avant la construction des salles modernes, difficile de s’imaginer étudier dans de telles conditions. « Pendant les cours, quand le vent soufflait, on ne pouvait même pas rester concentrés et écouter le maitre, » rajoute Gérard.

Mr Djetodjide Kembaye, l’inspecteur pédagogique de Mbalkabra me partage alors ses impressions, en observant fièrement cette nouvelle école : « Les conditions d’études sont difficiles, les élèves utilisaient des morceaux de briques comme des bancs pour étudier ou s’asseyaient à même le sol. Difficile de convaincre les parents d’inscrire leurs enfants, surtout les filles, dans ces conditions. »

Pour la rentrée scolaire 2015 -2016, les élèves de ce village vont finalement profiter de dix nouvelles salles de classe, deux latrines et vont recevoir des kits scolaires. Le sourire aux lèvres, Gérard lance : « Quand je regarde ma nouvelle école, je suis très excité de commencer les cours. Surtout, je sais que je vais passer l’année dans de bonnes conditions. Je ferais tout pour être premier de ma classe !» Je suis ravi d’observer l’état d’esprit de ce jeune garçon courageux et je me rends compte qu’un simple appui comme celui-là peut inciter les parents, et motiver des centaines d’enfants, notamment les filles, à suivre et prendre l’éducation plus au sérieux.

Ces nouveaux bâtiments sont le fruit de l’appui du Global Partnership for Education (GPE) et Educate A Child (EAC) qui soutiennent le Projet de Revitalisation de l’Education de Base au Tchad (PREBAT), avec pour objectif de renforcer l’accès à une éducation de base de qualité pour tous les enfants du Tchad.

UNICEF built these school rooms and donated desks in Moundou Town Chad« Gérard est l’un des meilleurs élèves, il est très actif et malgré sa grande passion pour le football, il est toujours sérieux dans son travail » souligne le Directeur de cette école, Mr Mbaikoubou Mathieu.

Le petit garçon est en train de jouer au foot et je me repose sur un banc pour regarder la partie. Je me demande alors, si j’avais étudié dans cet environnement et dans ces conditions, est ce que j’y serais arrivé ? Une chose est certaine, au Tchad, le chemin de l’éducation nous amène à un avenir meilleur, mais ce chemin est encore long. Malgré cela, le courage et la détermination des enfants et des enseignants m’ont redonné espoir.

Pour les retournés de RCA, la santé ne peut pas attendre

Par Davy Takendjilembaye

Hadje Mahamat, 13 ans est une jeune fille souriante et pleine de vie. Avec ses cheveux tirés en arrière et son style vestimentaire original, elle passe pour une fille de son âge menant une vie d’adolescente sans histoire.

Pourtant, Hadje n’arborait pas le même sourire en janvier 2014, lorsqu’elle est arrivée dans le sud du Tchad, en provenance de Centrafrique. « On vivait à Bossangoa en RCA et tout allait bien pour nous. Mon père travaillait et gagnait bien sa vie. Nous, on allait à l’école comme les autres enfants de notre âge. Là-bas, il n’y avait pas de soucis pour trouver à manger ni pour se soigner quand un membre de la famille tombait malade. »

Du jour au lendemain, Hadje et sa famille ont dû quitter leur foyer et leur vie paisible pour se réfugier au Tchad. Aujourd’hui, ils vivent dans le site de retournés de Danamadja, tout près de la petite ville de Goré. « En arrivant ici, nous avions froid, nous étions des milliers et même si on nous a bien accueilli, c’est un moment de ma vie que je n’oublierai jamais, » ajoute-elle.

Un centre de santé a été mis sur place sur le site, mais très vite, il a été dépassé par les évènements. Le centre éprouvait de grandes difficultés pour s’occuper des malades tant issus des retournés de RCA que des communautés hôtes. Hadje en a fait l’expérience : « A chaque fois que je tombais malade, j’attendais des heures au centre de santé. Les infirmiers faisaient leur consultation et me donner des ordonnances pour acheter des médicaments parce qu’ils n’en avaient plus. »

Mornodé Alafi est responsable du centre de santé du site de Danamadja, il a connu les débuts difficiles dont parle Hadje : « Le centre de santé manquait cruellement de ressources humaines, et matérielles. On était quasiment inactifs à cause du manque de médicaments pour s’occuper des patients. Maintenant, on arrive à faire face à la demande. » Benenoui Astride travaille aussi au centre de santé du site de Danamadja « Le centre reçoit une cinquantaine de malade par jour et grâce à l’appui reçu des partenaires, nous avons assez de médicaments en stock pour nous occuper des malades. »

Mornode Alafi
Mornode Alafi (droite) présente les services du centre de santé

Hadje, sourire aux lèvres, raconte : « Il y a dix jours de cela, j’ai eu le paludisme et quand mes parents m’ont amené au centre de santé, après la consultation, j’ai reçu normalement des soins et l’infirmière m’a remis des médicaments pour la maison. Depuis trois jours je me sens en forme déjà ! Il me tarde de retourner au collège. »

Grâce au soutien de l’Union Européenne, via l’Instrument de Stabilité et de Consolidation de la Paix, l’Unicef intervient dans plusieurs domaines pour améliorer les conditions de vie des retournés et des communautés hôtes dans les zones d’accueil du sud du Tchad. Ce partenariat clé pour l’amélioration des conditions de vie et la réintégration des populations a notamment permis de revitaliser de nombreux centres de santé à commencer par celui du site de Danamadja.

Des médicaments (y compris des ARV et des réactifs pour la prévention de la transmission du VIH/Sida de la mère à l’enfant), et d’autres intrants nutritionnels ont été fournis aux centres de santé. Un appui en personnel a également soulagé les districts concernés où 22 agents de santé et plus de 80 relais communautaires ont été formés dans les domaines de la santé, VIH/Sida et nutrition et déployés sur le terrain.

Grâce à un fonds de 7 millions d’euros, les membres de l’Equipe Pays des Nations Unies au Tchad que sont l’UNICEF, le HCR, l’OIM, la FAO et le PAM assistent plus de 80 000 retournés (dont 60% d’enfants) de Centrafrique et 320 000 personnes des communautés d’accueil. L’Instrument contribuant à la Stabilité et à la Paix (IcSP) est l’un des principaux outils de la politique étrangère de l’Union Européenne. Il permet de mettre l’accent sur la réaction aux crises, la préparation aux crises, la prévention des conflits et la consolidation de la paix.

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