Mani Virgille plaide pour le dépistage volontaire des jeunes.

Par Pascal Dohou Ferso

La Première Dame du Tchad, son Excellence, Mme Hinda Deby a consacré Mlle Mani Djelassem Virgille, Porte-parole des jeunes pour la lutte contre le VIH-SIDA au Tchad. La cérémonie s’est déroulée à l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA, Edition 2014 au Palais du 15 Janvier à N’Djamena.

Cette nomination est rendue possible grâce à une conjugaison des efforts entre l’UNICEF, le Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS) et les partenaires de la société civile ainsi que les autres agences du Système des nations Unies.

Mlle Mani Djelassem Virgille est infectée à la naissance par ses parents tous deux séropositifs. Consciente de son état, Mani a décidé s’engager depuis l’âge de 13 ans dans la lutte pour la prévention des nouveaux d’infections au VIH chez les adolescents. Elle le fait à visage découvert. Elle est membre active du club d’adolescents vivant avec le VIH du Centre Djedanoum Naasson, où elle est suivie et prise en charge pour sensibiliser d’autres jeunes et adolescents à mieux se protéger contre le VIH-SIDA en adoptant des changements de comportements. «  Adopter un comportement sain pour espérer à une génération sans Sida » ne cesse de répéter Mani à ses camarades au cours de ses séances de sensibilisation.

Mani a porté la voix de près de 200 adolescents infectes, membres du Club des adolescents vivant avec le VIH-SIDA du Centre Djedanoum Naasson à travers des témoignages publics dans la région du Logone Occidental. Elle fait des plaidoyers auprès des institutions et entreprises de la place pour une meilleure en charge des enfants vivant avec le VIH. Cet engagement et cette détermination lui ont valu l’admiration de la Première Dame, Présidente L’Organisation des Premières Dames d’Afrique pour la riposte au VIH et Sida (OPDAS) pour en faire d’elle la Porte-parole des adolescents et des jeunes pour la riposte au VIH et Sida.

14ème ASSEMBLEE ORDINAIRE DE L’OPDAS

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La Porte –parole des jeunes en lutte contre le VIH-SIDA au Tchad, Mlle Mani Djelassem Virgille a pris part aux différentes réunions du comité technique de l’OPDAS en marge du 14e Assemblée Générale de l’OPDAS et au 24e Sommet de l’Union Africaine. Prenant la parole au cours des assises de la 14e Assemblée Générale de l’OPDAS, Mlle Mani Djelassem a invité les participants et l’ensemble de la communauté a tout mettre en œuvre pour appuyer les jeunes à avoir une bonne connaissance de leur état sérologique : « Comme beaucoup de millions d’enfants à travers le monde, j’ai été infectée par le virus du VIH à ma naissance. Ma mère est décédée en l’an 2000 quand j’avais à peine deux ans. Mon père quant à lui, est en vie mais porte aussi le virus du VIH. Si mon père et moi sommes en vie, c’est sûrement parce que nous avons eu la chance de faire le dépistage à temps et bénéficier de prises en charge. »

En sa qualité de Porte-parole des jeunes, elle a défini son engagement en trois points: « Premièrement : je voudrais apporter ma modeste contribution aux efforts d’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Aucun enfant ne doit plus jamais naître avec le VIH. Deuxièmement, nous devons éviter de nouvelles infections surtout en milieux jeunes qui constituent la couche sociale la plus vulnérable. Et enfin, je voudrais me joindre au combat pour assurer l’autonomisation et l’épanouissement des personnes vivant avec le VIH comme moi. »

Evoquant la question de l’implication des jeunes dans la lutte contre le VIH-SIDA, Mani a souhaité que les jeunes soient au premier plan de la riposte « les jeunes ne veulent plus être des fardeaux pour la société aujourd’hui et demain, mais plutôt souhaitent qu’on leur fasse confiance qu’ils combattent avec l’ensemble des acteurs impliqués dans la riposte au VIH et SIDA. » Pour ce faire, elle a suggéré aux Premières Dames d’Afrique de faire le Tchad et de nommer dans leur pays respectif des porte-paroles ou des Ambassadeur jeunes vivant avec le VIH pour défendre leur cause et promouvoir la sensibilisation par les pairs. C’est à travers des telles initiatives que les jeunes pourront contrôler leur sexualité et prévenir des nouvelles infections au VIH-SIDA. Enfin Mani Djelassem Virgille a invité les Premières Dames d’être des portes paroles de la jeunesse auprès de leurs époux Chefs de l’Etat afin qu’ils continuent de faciliter l’accès gratuits aux médicaments et augmentent la mise en place des structures de dépistage et de prise en charge des jeunes. Elle a conclu en faisant observer que « l’autonomisation des personnes vivant avec le VIH passe par la formation et la réinsertion socioprofessionnelle. »

Mani Djelassem Virgille reçu en audience par le couple présidentiel tchadien.

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Le 31 janvier, peu de temps après la clôture du 24e Sommet de l’Union Africaine et de la 14e Assemblée Générale de l’OPDAS, le Chef de l’Etat IDRISS DEBY ITNO a reçu en audience Mlle Mani Djelassem Virgille, Porte-parole des adolescents et des jeunes dans la lutte contre le VIH et SIDA.

L’entretien s’est déroulé à l’Ambassade du Tchad en Ethiopie ou résidait le couple présidentiel. Le Chef de l’Etat, son Excellence Idriss DEBY ITNO et la Première Dame, son Excellence, Hinda DEBY ITNO, ont prodigué des sages conseils et surtout ont encouragé Mlle Mani pour son engagement à servir la jeunesse.

Au cours de l’audience, le Chef de l’Etat a aussi remercié et encouragé de vive voix, Mlle Mani Djelassem Virgille pour sa brillante intervention à la tribune de la 14ème Assemblée générale de l’OPDAS par un témoignage émouvant qui ému les membres de l’OPDAS et les partenaires au développement, présents dans la salle des conférences de l’OPDAS à Addis-Abeba. Le Chef de l’Etat a réitéré son engagement à soutenir les initiatives de Mani pour une large campagne d’informations et de sensibilisation de la jeunesse tchadienne sur le VIH/SIDA.

Pour la circonstance, le couple présidentiel était entouré des Conseillères, Mmes Ngarbatnan Carmel Soukate, point focal de l’OPDAS, Mariam Djimet Mainta et Dillah Lucienne Abdias respectivement Conseillère chargée de l’Action sociale et Conseillère chargée de mission à la Présidence de la République.

Tous vers le site de Daressalam, la maison de la paix

Par Charles Tayo Jiofack

Situé à 12 km de Bagasola dans la région du lac, le camp de réfugiés de Daressalam a été créé dans l’optique de rassembler les réfugiés nigérians éparpillés dans les différents sites, dans un endroit sécurisé où ils pourront bénéficier d’une prise en charge adéquate.

Les premiers réfugiés sont arrivés dans le camp le 12 Janvier 2015 en provenance des sites de Ngouboua, Tchoukoutalia, des iles de Kangalam et Teteoua où ils avaient passés quelques jours après leur départ précipité de leurs villages à la suite des attaques des membres de la secte islamiste Boko Haram. Une visite dans le camp a permis à notre équipe de vivre le quotidien des réfugiés.

Le choix du site d’accueil des réfugiés nigérians ne s’est pas fait de manière hasardeuse. En effet, le nom Daressalam signifie ‘maison de la paix’ en arabe. C’est donc tout à fait naturel que les autorités tchadiennes aient choisi cet endroit pour accueillir les réfugiés. Le site se veut un havre de paix où les réfugiés se sentiront en sécurité et en paix pour affronter l’avenir avec plus de confiance et de sérénité.

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A première vue, le camp ressemble à un village mais avec la particularité que les maisons sont toutes identiques. Les abris temporaires qui servent de maisons, construits par le HCR pour accueillir les différentes familles de réfugiés, s’étendent sur une grande surface de terrain mise à la disposition des réfugiés par les autorités tchadiennes. Un espace raisonnable sépare les abris qui sont disposés de manière à permettre une bonne aération du site. La présence des camions transportant le bois, les bâches et d’autres matériaux de construction est une indication que le camp est en plein expansion. Les gestionnaires y attendent près de 15,000 réfugiés.

C’est donc assez logique que de nouveaux abris soient construits car, le site continue de recevoir les réfugiés et plusieurs milliers y sont encore attendus dans les prochains jours. Mais en attendant, l’enregistrement des nouveaux venus se poursuit dans la grande tente qui sert de bureau au HCR. Après les formalités d’enregistrement, chaque réfugié est attribué un bracelet qui lui sert de pièce d’identité dans le camp. Les enfants et les femmes sont les plus nombreux, ce qui n’est pas une surprise pour les habitués des camps de réfugiés ou de déplacés. En effet, les enfants et les femmes, du fait de leur vulnérabilité, sont malheureusement les groupes de personnes les plus affectées par les conflits et les crises humanitaires.

Au milieu du camp, s’est développé le petit commerce, et les commerçants, pour la majorité des réfugiés nigérians, y vendent essentiellement des produits de première nécessité à savoir le savon, le sel, l’huile et le riz. Le petit marché grouille de monde mais tous n’y sont pas pour acheter ou pour vendre. Certains sont tout simplement en train d’errer, sans trop savoir où ils vont ou ce qu’ils cherchent. Les enfants par contre, sont attirés par les travaux d’aménagement du point d’eau situé non loin du petit marché. Certains d’ailleurs portent des récipients et attendent patiemment la fin des travaux pour approvisionner leurs familles en eau. Selon l’UNICEF, le site dispose à ce jour (03 Février 2015), de neuf points d’eau, un point d’eau pouvant desservir un total de 500 personnes.

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Plus au nord du camp se trouve le centre de santé. L’UNICEF a fourni les tentes et International Medical Corps (IMC) le personnel sanitaire qui assure la prise en charge des malades. Une bassine suspendue à une balance, le tout accroché à la charpente de la salle d’attente, est un signe que le dépistage et la prise en charge des cas de malnutrition chez les enfants sont une réalité dans la structure sanitaire. Dans la salle d’attente se trouvent quelques femmes qui attendent soit de se faire consulter ou de faire consulter leurs enfants. Face aux inquiétudes sur le ‘faible’ taux de fréquentation du centre, le personnel soignant se veut rassurant. ‘Le centre est fréquenté et le nombre de patients ne cesse d’augmenter’, affirment les infirmiers, tout en reconnaissant que plus d’actions de communication sur les services de santé disponibles permettrait d’accroitre le nombre de patients.

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Comme ces enfants, tous les réfugiés ont vécu les atrocités et le traumatisme est profond. Leur histoire est presque identique et les images sont presque les mêmes. Selon les différents témoignages, les membres de secte islamiste Boko Haram auraient attaqué leurs villages au petit matin alors que les habitants s’apprêtaient à se réveiller. Les réfugiés, heureux d’être en vie, parlent des corps qui jonchaient les rues, des maisons incendiées et des biens saccagés. Habitants des villages situés près du lac Tchad, plusieurs réfugiés ont pu fuir en utilisant les pirogues. Certains disent qu’ils ont passé plusieurs jours sur l’eau sans avoir de quoi manger. D’autres réfugiés seraient encore pris en otage dans les zones insulaires et seraient dans l’incapacité de rejoindre le territoire tchadien.

Malgré le traumatisme, ceux qui ont eu la chance de s’échapper se sentent plus en sécurité au Tchad. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne tarissent pas d’éloges en l’endroit des autorités tchadiennes et des acteurs humanitaires pour le soutien et le réconfort moral dont ils bénéficient depuis le début de la crise. Seule grande inquiétude des réfugiés, leur avenir qui pour l’instant, reste très incertain. ‘Mon souhait est de rentrer dans mon village’ déclare Abdoulaye Seid, qui est conscient du fait qu’il leur sera impossible de rentrer tant que leurs villages n’auront pas été pacifiés et leur sécurité garantie. En attendant, l’oisiveté semble être l’ennemi principal des réfugiés. Des commerçants et des pécheurs pour la plupart, ils ne sont pas habitués à l’inactivité. Les journées sont longues et les nuits interminables. ‘Je ne pense pas que je pourrais tenir longtemps’, déclare un réfugié tout pensif.

Contrairement aux hommes, les femmes semblent ne pas trop s’ennuyer. Certaines font la cuisine juste devant leurs abris et d’autres s’occupent des enfants. Amina, une jeune réfugiée souhaite rentrer à l’école mais en attendant qu’un programme d’éducation soit mise en place dans le camp, elle aide sa maman à faire les petits travaux ménagers. Elle garde espoir que leur situation va s’améliorer le plus rapidement possible et qu’ils pourront rejoindre leurs villages.

Achta, victime de mariage précoce raconte son calvaire.

Par Kadja Gou Francoise

Achta vit avec ses parents à Bitkine dans le Guéra (Est du Tchad). Elle raconte sa terrible histoire qu’elle vit depuis deux ans.

« En décembre 2013, j’ai été mariée à un homme âgé de 25 ans alors que j’étais âgée  de 12 ans », confie Achta. Le mariage a été célébré à Bitkine. Et les parents ont conduit Achta chez son mari qui vit à 50 kilomètres de Bitkine.
« Mes parents m’ont mariée à Abdel sans mon consentement. Je ne l’aime pas et à cause de lui, j’ai abandonné l’école », se lamente Achta. Comme elle a été obligée de se marier avec Abdel, Achta a fui 3 fois de chez son mari pour rejoindre ses parents à Bitkine. Mais à chaque fois qu’elle fuyait, ses parents la ramenaient de force chez son mari. Ayant perdu l’espoir et vu qu’aller chez ses parents n’était pas une solution, Achta décide de prendre une destination inconnue. Toute seule, elle a parcouru plusieurs kilomètres à pied. Marchant dans la brousse, elle a été retrouvée vers une localité située à 45 kilomètres de Mongo par une équipe des militaires en mission dans la zone.
Achta a été conduite à la Brigade de Mongo où elle a tout avoué au Commandant. Ce dernier ayant suivi une formation avec l’appui de l’UNICEF sur les droits de l’enfant en décembre, a aussitôt convoqué les parents et le mari d’Achta. Suite aux différents échanges, Abdel a déclaré être prêt pour un divorce avec la petite Achta mais à condition que les parents lui remboursent tout ce qu’il a dépensé pour leur fille, à hauteur d’un million de F CFA. C’est ce montant exorbitant explique les raisons qui obligent les parents à ramener leur fille à chaque fois qu’elle fuyait son foyer. Mais « mon calvaire n’est pas terminé, car je suis enceinte de 5 mois d’un homme que je n’aime pas », confie Achta
L’affaire a été conduite à la justice de Mongo et tranchée partiellement. En effet, Achta a rejoint ses parents à Bitkine pour y accoucher. Apres l’accouchement, soit le divorce sera prononcé, soit elle pourrait rejoindre son mari à l’âge de 18 ans, selon sa décision.
Quelle chance pour la petite Achta ! Elle s’en est sortie malgré tout. Comme elle, des milliers de filles mineures sont victimes du mariage au Tchad, pour lequel elles sont obligées de vivre dans le silence en dépit des souffrances. Les victimes et leurs parents se réservent d’en parler et de dénoncer ces situations à cause de l’honneur, la préservation de la dignité de la famille et les pesanteurs socio-culturelles.

Au Tchad, ce sont 68% de filles qui sont mariées avant l’âge de 18 ans, selon le rapport de l’UNICEF en 2013. Le Tchad fait partie des 10 pays concernés par la campagne biennale de lutte contre le mariage des enfants lancée par l’Union Africaine.

C’est pour pallier à cette situation, que l’UNICEF vient  en appui au gouvernement dans le cadre de la campagne nationale ‘’Tous ensemble mettons fin au mariage des enfants’’ lancée le 14 mars 2015 à N’Djamena sous le haut patronage du chef de l’Etat Son Excellence Idriss Deby Itno.