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COVID-19 : Au moins un tiers des élèves dans le monde n’a pas eu accès à l’enseignement à distance lorsque les écoles étaient fermées, selon un nouveau rapport de l’UNICEF

[COMMUNIQUE DE PRESSE]

La campagne Réinventer de l’UNICEF appelle à investir d’urgence pour réduire la fracture numérique, permettre à chaque enfant d’accéder à l’enseignement à distance, et, surtout, faire de la réouverture sûre des écoles une priorité.  

NEW YORK, N’Djamena le 27 août 2020 – Au moins un tiers des élèves – soit 463 millions d’enfants dans le monde – n’ont pas eu accès à l’enseignement à distance lorsque leur école a fermé ses portes à cause de la pandémie de COVID-19, selon un nouveau rapport de l’UNICEF publié aujourd’hui alors que tous les pays s’efforcent de mettre au point un plan pour la rentrée.

« Pour au moins 463 millions d’enfants privés d’école à cause de la COVID-19, l’enseignement à distance n’a pas été possible », précise Henrietta Fore, Directrice générale de l’UNICEF. « Au vu du nombre d’enfants dont l’enseignement a été complètement perturbé pendant des mois, nous sommes face à une urgence éducative mondiale qui pourrait avoir des répercussions sur les économies et les sociétés pendant plusieurs décennies. »

Ce rapport global est aussi confirmé au Tchad. Dans un sondage U-Report[1] organisé en juillet 2020 à l’endroit de 6823 U-Reporters 83% des personnes sondées ont entendu parler des cours à distance mais seulement 51% y ont participé. Pour ceux qui n’ont pas eu accès aux cours à distance, le principal problème est le manque de matériels didactiques soit 56%.

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Au plus fort des mesures de confinement nationales et locales, près de 1,5 milliard d’élèves étaient privés d’école. Le rapport intitulé The Remote Learning Reachability décrit les limites de l’enseignement à distance et souligne les inégalités importantes en matière d’accès.

Le document s’appuie sur une analyse représentative à l’échelle mondiale de la présence de technologies et d’outils nécessaires à l’enseignement à distance au sein des foyers pour les élèves du préscolaire, du primaire, du premier cycle du secondaire et du deuxième cycle du secondaire. Les données sont issues de 100 pays. Elles couvrent l’accès à la télévision, à la radio et à Internet, ainsi que l’existence ou non d’un programme enseigné par l’intermédiaire de ces plateformes lorsque les écoles étaient fermées.

Les chiffres retranscrits dans le rapport dressent un tableau inquiétant concernant l’absence d’enseignement à distance lorsque les écoles étaient fermées. Pourtant, l’UNICEF estime que la situation est probablement bien plus grave. En effet, même lorsque les enfants disposent de la technologie et des outils nécessaires chez eux, l’apprentissage à distance n’est pas toujours possible en raison d’autres facteurs : la pression pour effectuer les tâches domestiques, l’obligation de travailler, un environnement non favorable à l’apprentissage et l’absence d’aide pour suivre le programme mis à disposition sur les différentes plateformes.

Le rapport souligne les inégalités importantes entre les régions. Les élèves d’Afrique subsaharienne sont les plus touchés puisque la moitié d’entre eux n’a pas accès à l’enseignement à distance.

 

Région Proportion minimale d’élèves n’ayant pas accès à l’enseignement à distance (%) Nombre minimal d’élèves n’ayant pas accès à l’enseignement à distance
Afrique de l’Est et australe 49 % 67 millions
Afrique de l’Ouest et centrale 48 % 54 millions
Asie de l’Est et Pacifique 20 % 80 millions
Moyen-Orient et Afrique du Nord 40 % 37 millions
Asie du Sud 38 % 147 millions
Europe de l’Est et Asie centrale 34 % 25 millions
Amérique latine et Caraïbes 9 % 13 millions
Monde entier 31 % 463 millions

 

Les élèves issus des foyers les plus pauvres et ceux qui vivent en zone rurale sont de loin les plus susceptibles d’être lésés par les fermetures d’écoles, précise le rapport. Dans le monde, 72 % des élèves n’ayant pas accès à l’enseignement à distance appartiennent aux foyers les plus pauvres de leur pays. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, les élèves des foyers les plus pauvres représentent jusqu’à 86 % des élèves n’ayant pas accès à l’enseignement à distance. À l’échelle mondiale, les trois quarts des élèves privés de cet accès vivent en zone rurale.

De plus, selon le rapport, le taux d’élèves ayant accès à l’enseignement à distance varie en fonction des groupes d’âge. Les plus jeunes ont plus de risque d’être privés de cet enseignement pendant les années les plus importantes pour leur apprentissage et leur développement :

  • Environ 70 % des élèves d’âge préscolaire – soit 120 millions d’enfants – n’ont pas accès à un tel enseignement, en grande partie à cause des difficultés et des limites de l’apprentissage en ligne pour les jeunes enfants, de l’absence de programmes d’enseignement à distance pour cette catégorie d’âge et du faible nombre d’outils disponibles au sein du foyer pour ce type d’enseignement.
  • Au moins 29 % des élèves du primaire – soit 217 millions d’élèves – n’ont pas accès à l’enseignement à distance. Au moins 24 % des élèves du premier cycle du secondaire – soit 78 millions d’élèves – n’y ont pas accès non plus.
  • Les élèves du deuxième cycle du secondaire étaient les moins concernés par l’absence d’accès à l’enseignement à distance. Au moins 18 % d’entre eux – soit 48 millions d’élèves – ne disposaient pas des moyens technologiques nécessaires.

L’UNICEF encourage les pouvoirs publics à faire de la réouverture sûre des écoles une priorité lorsqu’ils assouplissent les mesures de confinement. Lorsque la réouverture n’est pas possible, l’UNICEF appelle les pouvoirs publics à intégrer des apprentissages destinés à compenser les heures d’enseignement perdues dans les plans de continuité scolaire et de réouverture des écoles. Les politiques et les pratiques d’ouverture des écoles doivent s’efforcer d’élargir l’accès à l’éducation, notamment à l’enseignement à distance, en particulier pour les groupes marginalisés. Les systèmes éducatifs doivent également être adaptés et conçus pour faire face à de futures crises.

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© UNICEF CHAD/2019/Palazzo

Le Cadre pour la réouverture des écoles de l’UNICEF, publié en collaboration avec l’UNESCO, le HCR, le PAM et la Banque mondiale, fournit des conseils pratiques aux autorités nationales et locales. Ces orientations mettent l’accent sur les réformes politiques, les exigences de financement, le fonctionnement sûr, l’apprentissage compensant les heures perdues, le bien-être et la protection ainsi que l’inclusion des enfants les plus marginalisés.

Dans le cadre de sa campagne Réinventer, dont l’objectif est d’éviter que la pandémie de COVID-19 n’aggrave une crise durable pour les enfants, notamment les plus pauvres et les plus vulnérables, l’UNICEF appelle à investir d’urgence pour réduire la fracture numérique, permettre à chaque enfant d’accéder à l’enseignement à distance, et, surtout, faire de la réouverture sûre des écoles une priorité.

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Note aux rédactions :

L’analyse s’appuie sur les résultats de l’Enquête sur les réponses nationales du secteur de l’éducation face aux fermetures d’établissements scolaires liées à la COVID-19 menée par l’UNESCO, l’UNICEF et la Banque mondiale. Le nombre d’enfants susceptibles de bénéficier d’un enseignement par l’intermédiaire de médias ou par Internet est déterminé en fonction de la présence d’outils (télévision, radio et Internet) au sein du foyer et non de leur utilisation effective par les enfants. Ainsi, le nombre d’enfants « susceptibles de bénéficier d’un enseignement à distance » constitue une estimation haute par rapport aux enfants ayant « réellement bénéficié » d’un tel enseignement. Les chiffres ne tiennent pas compte des enfants ayant reçu un enseignement sur support papier en raison de l’absence de données fiables.

L’analyse ne tient pas compte des enfants non scolarisés. Pour obtenir les données les plus récentes concernant les enfants non scolarisés, consultez le document suivant : https://www.unicef.org/media/62526/file/La-situation-des-enfants-dans-le-monde-2019.pdf  

À propos de l’UNICEF

L’UNICEF travaille dans certains des endroits les plus inhospitaliers du monde pour atteindre les enfants les plus défavorisés. Dans plus de 190 pays et territoires, nous travaillons pour chaque enfant, chaque jour, afin de construire un monde meilleur pour tous.

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À propos de la campagne Réinventer
Pour riposter contre la pandémie de COVID-19, l’UNICEF a lancé Réinventer – un appel urgent aux gouvernements, au public, aux donateurs et au secteur privé à soutenir les efforts de l’UNICEF en vue de riposter, de rebondir et de réinventer notre monde actuellement pris en otage par la COVID-19. Ensemble, nous pouvons éviter que cette pandémie se transforme en crise durable pour les enfants, en particulier les plus vulnérables, et Réinventer un monde plus juste pour chaque enfant.

Pour en savoir plus sur la campagne #Réinventer, consultez la page suivante : www.unicef.org/reimagine.

Rejoignez-nous : https://www.unicef.org/fr/coronavirus/appel-aux-dons-coronavirus-covid-19

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

[1] U-Report : U-Report est un outil de messagerie sociale et un système de collecte de données développé par l’UNICEF pour améliorer l’engagement des citoyens, informer les dirigeants et favoriser un changement positif.

Au Lac Tchad les enfants se passent le ballon pour apprendre

par Martina Palazzo

Il y a 30 ans, nous avons fait une promesse aux enfants : protéger et promouvoir leurs droits de survivre et de se développer, d’apprendre et de s’épanouir, de faire entendre leur voix et d’atteindre leur plein potentiel. Dans la région du Lac Tchad, cette promesse est plus que jamais d’actualité dans un contexte où les enfants, qu’ils soient réfugiés, déplacés internes, retournés ou membres des communautés hôtes, subissent les conséquences de la pauvreté et de l’exclusion sociale, de la violence et du potentiel enrôlement dans groupes armés, d’un quasi isolement dans les îles, de l’impact négatif du changement climatique, et de la persistance de certaines coutumes et traditions néfastes à la réalisation des droits des enfants.

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Chaque enfant a le droit de se reposer, de se détendre, de jouer et de participer à des activités culturelles et créatives (ART 31 de la Convention relative aux droits de l’enfant). © UNICEF CHAD/2019/Palazzo

Protection, action et changement de comportement sont les mots clés pour permettre à ces enfants de se construire un avenir meilleur et cela, même en situation de crise humanitaire. Les communautés concernées sont appelées à prendre conscience des faits, des risques et des conséquences sur l’avenir de la nouvelle génération afin d’agir de manière adéquate et prendre les décisions nécessaires en faveur des droits des enfants et des jeunes.

Afin de créer un encadrement plus favorable au respect des droits des enfants, UNICEF Tchad et ses partenaires ont décidé de travailler ensemble pour offrir aux enfants l’accès à une éducation de qualité et inclusive. L’une des figures les plus représentatives et centrales du système éducatif non formel de la province du Lac Tchad est le maître coranique, en même temps gérant d’une école et « père adoptif des élèves », car ces derniers lui sont confiés par leurs familles. Appelé également marabout, il porte sur ses épaules la responsabilité d’acheminer les enfants vers une place dans la société. Tout en considérant l’importance de leur rôle d’éducateurs, le projet a pour objectif d’accompagner les maîtres coraniques dans un processus d’autoréflexion et d’apprentissage des droits et besoins des enfants.

Mahamat Alhadjii nous raconte : « Aujourd’hui j’ai compris que mon rôle est aussi d’écouter les enfants et de prendre en compte leurs besoins, en leur donnant la parole pour exprimer leurs ressentis. Comme tout enfant, mes élèves ont des droits et doivent être protégés. J’ai appris cela lors de deux formations auxquelles j’ai participé. Grâce à ces moments d’apprentissage j’ai pu réfléchir sur l’impact de mes actions dans l’évolution des enfants. J’ai finalement accepté l’aide de l’ONG APSELPA pour démarrer le processus de réintégration des enfants désirant regagner leurs familles d’origine. »

Ce travail s’appuie sur une stratégie et efficace : former les formateurs de demain. En chiffres, 153 leaders religieux ont été formés sur les droits et la protection des enfants. A l’issue des formations, les participants ont développé quatre plans d’actions, qui ont permis de toucher 300 autres leaders religieux.

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Annour Mahamat Younouss, secrétaire générale adjoint du Comité Islamique de Bol. © UNICEF Chad/2019/Palazzo

« Ceci n’a pas été un travail facile, mais étant membres de la communauté, nous avons pu gagner la confiance des autres maîtres coraniques. », nous témoigne Annour Mahamat Younouss, secrétaire général adjoint du Comité Islamique de Bol, participant à l’une des premières formations en décembre 2018. « Nous les avons appuyés dans l’identification et la documentation des enfants à leur charge en vue de leur réintégration.  Grâce à cette approche, l’ONG APSELPA avec l’appui de l’UNICEF, a réussi à identifier jusqu’à présent une centaine d’enfants mouhadjirines, séparés de leurs parents. Ces enfants sont d’autant plus vulnérables, qu’ils se trouvent dans les localités affectées par les conflits armés. »

Les enfants mouhadjirines, séparés de leurs familles et accueillis depuis le plus jeune âge dans les centres coraniques, ont constaté un changement de comportement de leurs maîtres après que ces derniers aient bénéficié des formations sur les droits et protection de l’enfant, organisées par l’ONG APSELPA avec l’appui de l’UNICEF.

Comme nous le dit le jeune Abdou de 12 ans :

« Depuis 3 mois, j’ai constaté qu’il a complètement changé. Il m’a laissé parler avec un agent d’une organisation qui a pris mes cordonnées sur une fiche et m’a permis d’appeler mon père et ma mère. J’ai échangé avec eux au téléphone deux ans après notre séparation. J’étais tellement content. En plus, ils ont accepté que je rentre au village et que je vive avec eux. Je pourrai suivre l’apprentissage coranique là-bas. Papa m’a promis de m’inscrire également à l’école formelle du village. J’ai l’impression d’être dans un rêve. » 

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Un enfant parle à Lazare Ahmat, psychologue de l’éducation et du développement de l’enfant auprès de l’organisation APSELPA. © UNICEF CHAD/2019/Palazzo

Les enfants dits mouhadjirines sont exclus par une bonne partie de la communauté qui les considèrent davantage comme élèves d’une école coranique – plutôt qu’enfants, porteurs de droits. En effet, l’habitude veut que les parents décident de confier leurs fils (obligatoirement de sexe masculin) aux maîtres coraniques pour qu’ils apprennent/mémorisent les versets coraniques. Peu importe s’ils sont à des kilomètres de marche de distance. Pour ces enfants, la vie peut s’avérer difficile, d’une part du fait de la séparation avec leur famille d’origine, et d’autre part du fait de la discrimination qu’ils subissent au sein de la population d’accueil.

Afin de rassembler les communautés autour des principes d’intégration et d’inclusion et promouvoir le sport et le jeu comme des droits fondamentaux des enfants au même titre que l’éducation, le projet a fait du sport le moteur d’une nouvelle cohésion sociale. Plus de 4 300 enfants de 6 à 17 ans (dont un quart sont des filles) ont participé aux activités ludiques et sportives organisées par 16 jeunes contractualisés par la Délégation Régionale à l’Éducation et à la Jeunesse (DREJ) du Lac dans huit terrains de sport aménagés. Egalement, 987 enfants dont 311 filles ont pris part à des activités récréatives organisées par quatre Espaces Amis d’Enfants mobiles mis en place par l’ONG APSELPA avec l’appui de l’UNICEF à Bol et Baga Sola.

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Les enfants se retrouvent a l’Espace Ami des Enfants mobile de Bol. © UNICEF CHAD/2019/Palazzo

« J’avoue que le fait de voir des enfants mouhadjirines interagir avec les autres enfants de la communauté m’a impressionné. Maintenant ils parviennent à tisser des relations d’amitié, alors qu’avant ils n’échangeaient pas un mot. », dit Mallah Abba Ali, un enseignant de Bol qui a participé aux activités de sensibilisation dans les espaces amis d’enfants mobiles de Bol.

Boulama Brahim Mogodi, chef du quartier Boudoumari dans la ville de Bol, est du même avis :  » Ces moments de divertissement ont contribué à un brassage entre les enfants mouhadjirines et les autres enfants de la communauté qui ne jouaient pas ensemble auparavant. »

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Boulama Brahim Mogodi, chef du quartier Boudoumari à Bol. © UNICEF Chad/2019/Boukar

Les enfants se régalent et apprennent. Par exemple, Saleh Brahim de 12 ans a appris « l’importance de la scolarisation et des actes de naissance, ainsi que les différents moyens d’éviter les mines et les Restes d’Explosifs de Guerre. »

Jouer pour apprendre, apprendre pour grandir. En s’inspirant de cette phrase, le projet permet de créer un environnement sain et vertueux au service du développement personnel de tous les enfants, dans un contexte difficile qui exacerbe les vulnérabilités.

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Les enfants se passent le ballon et tissent des relations à l’EAE mobile de Bol. © UNICEF CHAD/2019/Palazzo

Si c’est vrai que ces enfants ne choisissent pas l’endroit où ils naissent, ils peuvent désormais avoir l’opportunité d’apprendre à choisir leurs camarades de vie, à comprendre le monde et à déterminer comment mener leur vie.

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Ce projet a été élaboré avec le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, en concertation avec le Cluster Éducation et le Groupe des Partenaires de l’Éducation (GLPE), dont UNICEF Tchad est chef de file. Financé par le Comité Français pour l’UNICEF, le projet présente une réponse à la situation d’urgence de la province du Lac Tchad suite à la crise Nigeria +, en venant en aide aux populations déplacées et hôtes. L’action, étendue sur 4 ans, vise à améliorer les conditions de vie des enfants et des jeunes à travers le renforcement d’une offre éducative inclusive et de qualité.