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MOUSTIQUAIRES IMPREGNEES : MEILLEUR REMPART CONTRE LE PALUDISME

N’DJAMENA, 21 Fevrier 2017–Distribuer 7 millions de moustiquaires à deux millions de ménages soit un total de 10 millions de bénéficiaires: c’est l’objectif de la troisième campagne de distribution de masse des Moustiquaires Imprégnées d’Insecticide de Longue Durée d’Action (MILDA) lancée le 21 février à Koumra, dans le sud du Tchad.

Au cours de cette campagne les moustiquaires vont être distribuées sur 4000 sites par l’intermédiaire de 900 centres de santé dans 13 régions endémiques (Chari Baguirmi, Guera, Hadjer Lamis, Lac, Logone occidental, Logone oriental, Mandoul, Mayo Kebbi Est, Mayo Kebbi Ouest, Moyen Chari, Salamat, Sila et Tandjilé).

Au Tchad, le paludisme représente la première cause de décès (35,2%), d’hospitalisations (30,5%) et de consultations médicales (30,5%). En 2015, près de 800 000 cas ont été confirmés et plus de 1500 décès déclarés liés au paludisme. Plus de 43% des cas concernent les enfants de moins de 5 ans.

Pour lutter contre la pandémie, le gouvernement, à travers le Ministère de la Santé Publique, a adopté un Plan Stratégique National couvrant la période 2014-2018. De 2016 à 2018 le Fonds Mondial appuie financièrement le Tchad pour un montant de 57 583 180 Euros (près de 40 milliards de Francs CFA) pour la mise en œuvre du Programme d’appui à la lutte antipaludique au Tchad du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Associé à d’autres moyens de prévention, (traitement préventif chez la femme enceinte ou saisonnier chez les  enfants de moins de 5 ans) la moustiquaire imprégnée d’insecticide de longue durée d’Action (MILDA) est considérée comme le meilleur rempart contre le paludisme : dormir sous une moustiquaire imprégnée réduit de 50% l’incidence du paludisme et de 20 % la mortalité chez les enfants.

La ministre de la Santé publique, Ngarbatna Carmel Sou IV, se félicite du lancement de la 3eme campagne de distribution: « Grâce à l’appui du Fonds Mondial et au partenariat avec les Nations Unies, le gouvernement se fixe comme objectif d’atteindre la couverture universelle c’est-à-dire une moustiquaire imprégnée pour deux personnes.  Les Tchadiens doivent saisir cette opportunité et dormir tous sous moustiquaire !»

La campagne de distribution de masse est une activité de prévention clé du Programme d’appui antipaludique au Tchad du PNUD. Ce programme comporte également la distribution d’un million de MILDA supplémentaires aux femmes enceintes et aux enfants lors des visites prénatales et des vaccinations ; le traitement préventif intermittent de 500 000 femmes enceintes ; la chimio prévention de 500 000 enfants ; le diagnostic de 4 millions de cas suspects ; et le traitement par combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine de 3 millions de patients.

Madame Carol Flore Smereczniak, directrice pays du PNUD : « Le paludisme représente une sérieuse menace pour la santé publique au Tchad, car plus de 97 % de ses 12,8 millions d’habitants risquent de l’attraper. L’objectif de notre Programme d’appui antipaludique au Tchad est de contribuer, d’ici 2018, à la réduction de moitié de la morbidité et de la mortalité imputables au paludisme, particulièrement chez les enfants de moins de 5 ans qui comptaient pour plus de 43 % des 1,27 millions de cas recensés l’an dernier, et les femmes enceintes pour 8 % »

Pour réaliser cette campagne le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a apporté son appui logistique, Mary Ellen McGroarty, directrice pays du PAM: “Notre présence sur le terrain et notre expertise logistique nous permettent, en partenariat avec nos agences sœurs des Nations Unies, de soutenir le gouvernement tchadien dans sa lutte contre le paludisme au Tchad. A travers cette campagne, la première de cette ampleur, le PAM assure la réception, le stockage et la livraison de près de 7 millions de moustiquaires. »

 

« Le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité au Tchad et les enfants de moins de cinq ans sont parmi les plus affectés par cette maladie. Il ne faut pas non plus négliger les graves conséquences économiques du paludisme. Il ralentit la croissance et le développement économique et perpétue un cercle vicieux de pauvreté. L’UNICEF soutient le Gouvernement du Tchad dans la lutte antipaludique en assurant la mise en œuvre des activités préventives telles que la commande et l’acheminement des moustiquaires au Tchad pour les activités de routine, la Chimioprophylaxis Préventive Saisonnière ainsi que la prise en charge des cas avec l’objectif d’assurer la survie et le développement de chaque enfant, a conclu Celestin Traore, Chef du Programme Survie et Développement de l’Enfant, UNICEF Tchad.

 

 

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Pour plus d’informations :

Gael Ollivier, PNUD Chad : Coordonnateur Programme d’appui à la lutte antipaludique au Tchad (Palat) ; + 235 65 81 89 19 ; gael.ollivier@undp.org

Nathalie Magnien, WFP Chad :
+235 66 99 30 40; nathalie.magnien@wfp.org I www.wfp.org/countries/chad

Maria Fernandez, UNICEF Chad
+235 66 36 00 42 I mfernandez@unicef.org I www.unicef.org/chad

« Chers auditeurs, vous avez l’antenne »

Par Badre Bahaji

« Au micro de la Radio Communautaire de Mongo, je suis Florence Jacob, chers auditeurs, on dit souvent qu’il vaut mieux prévenir que guérir, alors, aujourd’hui avec notre invité, nous allons parler des moyens de prévention du paludisme… »

L’entrée en scène, sous un fond musical decrescendo est parfaite et l’émission démarre dans une ambiance rythmée et maitrisée. Suis-je en face d’une journaliste chevronnée ? Suis-je dans le studio d’une grande radio nationale ? Non, Florence, une jeune fille frêle aux yeux pétillants, est une bachelière de 19 ans, membre des Jeunes Reporters Club de Mongo.

« On présente surtout des émissions qui intéressent les jeunes et des émissions sur la santé. Par exemple quand on a entendu qu’il y avait un risque d’épidémie de choléra, on a fait une émission spéciale sur les bons gestes à adopter et les pratiques à éviter, » raconte la jeune fille qui n’a pas peur de parler de sujets sensibles ou tabous comme les méfaits de la pornographie chez les jeunes.

La pertinence et le courage de Florence m’impressionne d’emblée. Florence habite à Mongo depuis trois ans. Malgré quelques difficultés à s’adapter dans ce nouvel environnement, elle est devenu une personnalité reconnue et appréciée chez les jeunes de la ville grâce aux émissions interactives qu’elle anime tous les samedis à la Radio Communautaire de Mongo (RCM) : « La radio, ça fait partie d’un tout. Je fais partie de clubs, d’associations et de collectifs de jeunes. J’espère bientôt intégrer l’université pour étudier le journalisme. »

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En attendant, elle fait parler son talent et résonner sa voix dans le studio où la chaleur est suffocante en cette fin d’après-midi. Son invité du jour est le spécialiste du paludisme à Mongo, Mr Yacoub Adouny.

Elle n’hésite d’ailleurs pas à pousser l’invité à répondre à ses questions, telle une vraie journaliste expérimentée. Les coups de fils des auditeurs s’enchainent et les réponses fusent. En moins de 45 minutes, j’ai l’impression d’avoir appris plus sur le paludisme que tout ce que je connaissais avant !

Prenons une respiration musicale avant de continuer

Vers la fin de l’émission, un auditeur pose une question inattendue : « certaines personnes sont prises d’hallucinations, et on pense souvent qu’ils sont envoutés, d’autres disent que c’est le palu’, est-ce que c’est possible ? » Florence, visiblement ravie de cette question, laisse le soin à Mr Adouny de répondre : « Oui c’est ce qu’on appelle le neuro-paludisme, une forme de paludisme aggravée qui touche le cerveau et peut provoquer des hallucinations. Le problème, c’est l’ignorance, on préfère accuser le voisin que de chercher des raisons médicales. »

Agés de 12 à 20 ans, les membres des Jeunes Reporters Clubs (JRC) portent haut la voix des jeunes dans tout le Tchad, de Moundou à Abéché en passant par N’Djaména et bien sûr Mongo. Formés par l’UNICEF aux techniques journalistiques et à la production radiophonique, les JRC sont le symbole de l’engagement et du dynamisme de la jeunesse tchadienne.

La fin de l’émission approche, la fatigue commence à se lire sur le visage des deux protagonistes enfermés dans le studio depuis presque une heure. Un signe vient de la cabine extérieure, poussant Florence à conclure : « Chers fidèles, c’est la fin de votre programme, merci pour votre temps, je suis Florence Jacob, je vous dis à bientôt pour une nouvelle émission et restez branchés sur la RCM. »

A Mongo, des solutions simples pour la santé des enfants

Par Badre Bahaji

En entrant chez Adama Souleymane, on voit bien qu’aucun détail n’est laissé au hasard, sa petite maison cachée dans un recoin d’un des nombreux quartiers de Mongo est magnifiquement entretenue. Son petit jardin est décoré avec des matériaux de récupération et son intérieur modeste est ravissant et coloré. Au fond de la pièce, une grande natte et quelques matelas, au-dessus desquels est attachée une grande moustiquaire. C’est là qu’ Adama et sa famille dorment.

Ses trois enfants sont rayonnants. Lorsqu’on demande à Adama quel est son secret pour avoir des enfants en si bonne santé, elle répond instinctivement : « il n’y a pas de secret mais des solutions simples à la portée de tout le monde ! » A 25 ans, Adama Souleymane vit de petits commerces de céréales vendus sur le marché de la capitale du Guera. Elle appartient à un groupement féminin qui participe régulièrement aux différentes sessions de sensibilisation organisée par la CELIAF.

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« Chez moi je traite l’eau pour tuer tous les microbes et éviter que mes enfants aient la diarrhée. Mes enfants mangent aussi la bouillie enrichie. C’est simple, on trouve tout sur le marché, cela revient un peu plus cher, mais ça me couterait encore plus de m’occuper d’enfants malades » dit-elle.

« Nous dormons tous sous une moustiquaire, et lorsque je dis à mes amies que cela fait cinq ans que nous n’avons pas eu le paludisme dans mon foyer, elles ne me croient pas. » Elle ajoute : « Tous les jours, je vois des femmes amener leurs enfants à l’hôpital à cause de la malnutrition ou du paludisme. Mes enfants dorment sous moustiquaire et mangent la bouillie enrichie, Dieu merci, ils sont en parfaite santé. »

Maimouna Moussa est la Présidente de la CELIAF à Mongo, native de la région, elle a dédié sa vie à la promotion de l’autonomisation des femmes et du bien-être des familles. Aujourd’hui, trente femmes sont venues de toute la ville pour assister à une séance de démonstration sur trois pratiques familiales essentielles, à savoir le traitement de l’eau, l’utilisation de moustiquaires et la préparation de bouillie enrichie.

« En ce moment, beaucoup de familles passent leur temps dans les champs où ils boivent l’eau de mare. On est allé chercher cette eau sale et on l’a traité selon une méthode simple avec un peu d’eau de javel. Les femmes ont vu tout le dépôt qui restait, rempli de sable et de saletés, elles ne pouvaient pas croire que c’est ce qu’elles donnent à boire à leurs enfants tous les jours. C’est comme ça qu’on essaye de leur ouvrir les yeux, » raconte-elle.

Grâce à la formation de 32 relais communautaires, Maimouna Moussa espère voir un changement positif dans les années à venir. Adama Souleymane fait justement partie des 32 femmes relais communautaires formés par la CELIAF avec le soutien de l’UNICEF et du Fonds Français Muskoka. « Je transmets ce que j’ai appris maintenant. On profite des cérémonies de baptême, où il y a beaucoup de monde, pour prendre la parole et faire passer des messages sur la santé du nouveau-né » termine-t-elle, fièrement.

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