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Merveille : « Jouons ensemble. Il ne faut plus se battre »

Par Cindy Cao

Feiganazoui Merveille, jeune fille centrafricaine, a fui l’horreur de la guerre. Arrivée en tant qu’enfant non-accompagnée au Tchad, elle vit aujourd’hui aux côtés d’autres réfugiés et retournés tchadiens. Rencontre.

Alors que d’autres jeunes filles de 14 ans apprennent, s’amusent, grandissent et s’épanouissent, Merveille, elle a connu un destin différent. A 14 ans, elle a vu ses parents mourir sous les balles en République Centrafricaine (RCA).

« Il était 3 heures du matin quand les attaques ont commencé et j’ai couru vers l’Ecole de la Liberté. Vers 15h, il y a eu de nouvelles attaques et mes parents sont morts. Ils fuyaient ensemble et on leur a tiré dessus. Je les ai vus. Ils étaient derrière moi, » continue Merveille d’un ton placide. « Puis, j’ai vu un véhicule du Gouvernement tchadien et je n’ai pas réfléchi. J’ai sauté dedans. Mes frères et mes sœurs sont restés à Bossangoa. Depuis, je n’ai aucune nouvelle de ma famille.»

Le récent conflit en RCA a affecté le Tchad plus que les autres pays limitrophes car il a non seulement entrainé un afflux important de réfugiés, mais aussi et surtout, une arrivée massive de Tchadiens installés en Centrafrique depuis des générations. Cet afflux de populations a créé une pression additionnelle importante sur les infrastructures sociales de base et les communautés elles-mêmes extrêmement vulnérables.

Grâce au soutien de l’Union Européenne, via l’Instrument de Stabilité et de Consolidation de la Paix, cinq agences des Nations Unies (UNICEF, FAO, UNHCR, IOM, PAM) interviennent dans plusieurs domaines pour améliorer les conditions de vie des réfugiés, retournés et des communautés hôtes dans les zones d’accueil du sud du Tchad.

Enseigner la paix

« Je vis seule dans un abri sur le site, » continue la jeune fille. « Je suis contente parce que le site est sécurisé. Je veux rester ici jusqu’à ce qu’il y ait la paix en Centrafrique. » Ici, Merveille a accès à des services de santé. « Il y a un mois, je suis tombée malade. Je suis allée au centre de santé. J’ai eu droit à une consultation et reçu des médicaments. » 

La jeune fille envisage un avenir en paix auquel elle contribuera. Pour y arriver, elle mise sur l’éducation. « Je vais à l’école sur le site et je suis en CM2. Plus tard, j’aimerais devenir enseignante pour pouvoir donner conseil aux enfants et promouvoir la paix. J’organiserai des matchs de football avec les enfants pour promouvoir l’esprit d’équipe. Nous sommes tous frères et sœurs, il ne faut plus se battre. Il faut jouer ensemble. »

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Haoua et Halimé : une victoire contre la malnutrition

 

Ferrique Kadam, 27 Août 2015

Dans un paysage naturel et sous le regard attentif de la Reine du Guéra, chaîne montagneuse et carte de visite de la région, nous rencontrons Haoua, une jeune mère nomade, qui a mené une bataille contre la malnutrition et le paludisme dont a souffert son enfant.

Haoua, 17 ans et mariée, a une fille de 17 mois (Halimé). Elle nous reçoit dans son campement nomade, dans le Ferrique Kadam, où elle s’est installée avec toute sa famille. Nous sommes près de Niergui, un village de la région sahélienne du Guéra, au Tchad.

Un voisin de Haoua, Ismael, nous raconte que « cette région est très recherchée par les familles nomades pendant la saison des pluies, pour ses pâturages frais et verdoyants où le bétail peut se nourrir ». « La culture des céréales (surtout du sorgho et du maïs) est une autre activité qui permet la survie de nombreuses familles pendant cette époque de l’année », ajoute Ismael.

Haoua prend soin de sa fille, s’occupe des tâches ménagères et cultive des arachides, du millet, du sésame et autres céréales pour subvenir aux besoins de sa famille. Néanmoins, le manque de nourriture adéquate et autres carences ont mis en danger la survie de son bébé.

Sur les raisons qui l’ont amenée au Centre de santé de Niergui pour la première fois, Haoua dit : « j’y suis allée avec ma fille parce qu’elle faisait de fortes diarrhées ». Encouragée par son mari et conseillée par un relais communautaire, qui se rend régulièrement au Ferrique Kadam, Haoua a marché plusieurs heures en portant sa fille sur le dos pour être reçue dans le Centre de santé de Niergui, situé à 15 km.

« En plus de la diarrhée, il m’a dit que ma fille était malnutrie et qu’elle était atteinte du paludisme », Haoua se souvient des paroles de l’infirmier que les a reçues au Centre de santé de Niergui.

Halimé a été admise au Centre de santé de Niergui où un traitement pour la malnutrition et le paludisme lui a été administré.

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 « Après avoir pris les médicaments, ma fille a été guérie en deux semaines », souligne la mère en arabe tchadien. Puis, lors des visites successives au Centre, Haoua a bénéficié d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) – plus connus sous le nom de « plim plim » ou « plumpy nut » -, et en a profité pour se fournir en farine thérapeutique, aliment indiqué également pour apporter les nutriments essentiels aux enfants.

« Le problème est que les mères méconnaissent les aliments nécessaires à l’alimentation des bébés et ignorent l’importance de l’allaitement maternel exclusif », nous précise Pambro Rigobert, infirmier ayant examiné le bébé nomade. Le professionnel, qui est aussi responsable du Centre de santé de Niergui depuis 2013, ajoute que « les contraintes de nature culturelle et les mauvaises habitudes » sont parmi les causes les plus communes de malnutrition, récurrente dans cette partie du pays, malgré l’abondance de produits locaux nutritifs.

Interrogé sur les cas infantiles les plus fréquents au Centre de santé, Pambro Rigobert dit que le paludisme, les diarhées et la malnutrion» sont les cas les plus fréquents après les infections respiratoires aigües.

Dans ce contexte, l’infirmier souligne l’importance des partenaires techniques et financiers (comme le Fonds Français Muskoka) dans la réduction de la mortalité infantile, qui « apportent des médicaments, suppléments alimentaires et moustiquaires imprégnées d’insecticide, entre autres matériels de soutien ».

Ces partenaires, explique le spécialiste, « contribuent également à la formation et à l’équipement de relais communautaires – agents de santé volontaires qui se rendent dans les villages pour conseiller les familles et identifier les problèmes de santé maternelle et infantile ». Les relais communautaires jouent un rôle important dans la prestation de soins de proximité, tant au niveau de la population qui vit dans des villages reculés ou difficiles d’accès, qu’au niveau des communautés nomades, dont la tradition dit qu’un nouveau-né ne doit pas abandonner le campement pendant les 40 premiers jours de vie.

« Nous sommes très contents du travail des relais communautaires », dit Ismael – voisin de Haoua – berger nomade, et récemment père pour la première fois. Tout comme Haoua, Ismael s’est installé avec sa famille dans le Ferrique Kadam et cultive des céréales comme le sorgho et le sésame.

Suivant les recommandations des relais communautaires, le bébé est nourri au sein maternel et Ismael sait qu’il peut – et doit – se rendre au Centre de santé de Niergui si nécessaire. « Nous sommes heureux quand nous voyons arriver des agents, nous les recevons toujours à bras ouverts ».

Emerveillés par le paysage et par cette histoire de victoire contre la malnutrition, nous partons de Ferrique Kadam pendant que Haoua prépare une bouillie à base de cacahouètes pour Halimé, qui après avoir beaucoup joué, réclame à manger d’un regard somnolent.

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Qui frappe à la porte ?

Par Davy Takendjilembaye

Un matin, au réveil, Noé Barmi a senti des douleurs aux jambes, de plus en plus fortes. Il n’avait que deux ans. Noé vivait avec sa famille dans un canton reculé de Dogou dans la Région de la Tandjilé. En ce temps, pour ses parents, il ne pouvait y avoir qu’une explication : leur fils était envouté.

Nahomie Habede travaille au centre de santé Hindina de Kélo : « Dans certaines communautés, surtout dans les années 2000, le vaccin contre la poliomyélite était vu comme un poison pour faire du mal aux enfants. Si une famille avait un malade, on pensait directement aux sorciers, mais quand la maladie frappe à votre porte, c’est difficile de s’en échapper. Maintenant, c’est nous, les relais communautaires, qui frappons à la porte des parents pour les sensibiliser à faire vacciner leurs enfants et éradiquer cette maladie pour de bon».

Noé passe alors par plusieurs guérisseurs traditionnels, sa douleur persiste et l’inquiétude de ses parents s’aggrave. Sa mère, Marie Blouka, raconte cette épreuve, la voix hésitante et le regard fuyant : «Après  l’accouchement, j’ai eu des problèmes avec mon mari, j’étais chez mes parents en brousse, et je ne suis plus retournée au dispensaire pour le faire vacciner. C’est cette petite distance, ce court trajet de la maison au centre de santé qui empêche mon fils de marcher aujourd’hui. »

Paralysé par la poliomyélite, Noé a sept ans aujourd’hui. Malgré son handicap, il joue avec ses frères et sœurs et les enfants du quartier sous le manguier qui offre de l’ombre à leur maison du quartier de Morey à la sortie de la ville de Kélo. Très courageux, il se déplace toujours avec ses béquilles en bois: « je dois utiliser les béquilles pour tous mes déplacements, ça me demande beaucoup d’efforts, surtout pour aller à l’école. J’ai des difficultés pour faire certaines choses, mais je me débrouille, » dit-il, souriant. 

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Noé et sa mère Marie

« Je suis triste de le voir jouer avec ces béquilles à côté des autres enfants qui peuvent courir dans tous les sens. Il fallait juste une petite action, pas grand chose pour que la vie de mon enfant soit différente,» regrette Marie. « Marie, la mère de Noé, intervient souvent dans les campagnes de sensibilisation pour conseiller les mères et les inciter à faire vacciner leur enfant, son témoignage vivant est très écouté » souligne Nahomie.

Grâce à l’engagement du gouvernement tchadien, soutenu par des bailleurs engagés et au travers d’une proche collaboration avec l’UNICEF et l’OMS, le Tchad a pu interrompre la transmission du poliovirus sauvage. En 2011, le Tchad avait atteint un triste record avec 132 cas déclarés. L’éradication de la maladie dans un laps de temps relativement court est une victoire remarquable pour les enfants du Tchad.

Entre 2012 et 2015, des journées nationales et locales de vaccination et des campagnes de rattrapage ont touché plus de 3 millions d’enfants de moins de 5 ans. 85% des enfants tchadiens ont été immunisés avec au moins trois doses du vaccin oral contre la poliomyélite. Plus de 8 000 mobilisateurs sociaux et 9 000 vaccinateurs en moyenne ont été mobilisés à chaque campagne afin d’atteindre des millions d’enfants.

L’effort de l’éradication de la poliomyélite au Tchad s’est déroulé sous l’égide de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (GPEI) et a impliqué de nombreux partenaires. L’Union européenne, les gouvernements du Japon, du Canada et des Etats Unis, ainsi que des partenaires mondiaux tels que la Bill et Melinda Gates Foundation, GAVI Alliance, le Rotary International et le Center for Disease Control and Prevention (CDC) ont joué un rôle clé dans le financement des interventions qui ont permis d’éradiquer la polio au Tchad.