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LA CARAVANE DU THEATRE DE LA PAIX

Par Martina Palazzo

Lorsque l’instabilité et l’insécurité prennent leur quartier dans un pays, les premières victimes sont les habitants en général mais en particulier les enfants, les jeunes et les femmes. Ces menaces récurrentes contre la paix et le développement engendrent une pléthore de conflits autour de questions telles que l’accès et la gestion aux ressources naturelles, les déplacements forcés et massifs, etc.

Comment prévenir ces conflits ? Comment promouvoir la paix, la cohésion sociale et la cohabitation pacifique ? Qu’est ce qui peut être déjà fait au niveau communautaire surtout avec les jeunes ? Quel est le rôle de cette jeunesse demandeuse d’une place dans les différents processus de prise de décision communautaire ?

Toutes les recettes sont bonnes pour faire de la paix non pas un mot mais un comportement. Pour la compagnie ‘Hadre Dounia’’, le théâtre est un véritable canal de sensibilisation et d’interpellation pour une population à majorité analphabète.  Ce constat a fait démarrer le moteur d’une caravane de formation et de sensibilisation à travers l’utilisation de l’art théâtral.

Hadre Dounia introduit la performance théâtrale devant les autorités du 9e arrondissement de N’Djamena et devant les médias qui ont suivi les étapes de la caravane. © UNICEF CHAD/2020/Palazzo

Ainsi, 45 jeunes tchadiens et tchadiennes retenus pour leur talent et vivant à N’Djamena ont bénéficié d’une formation sur les techniques du théâtre participatif.

La mise en scène du spectacle au 9e arrondissement de N’Djamena le 24 septembre 2020. A la fin de la performance, les 3 jeunes de la compagnie Saro ont reçu leur certificat de participation à la formation sur les techniques du théâtre participatif. © UNICEF CHAD/2020/Palazzo

« Le théâtre participatif accompagne le public à une première prise de conscience en vue du changement de comportement, et sans beaucoup de moyens. Sur la scène, s’anime un dialogue entre tous les participants de la pièce, y inclut le public qui se fait acteur » nous explique Hadre Dounia, directeur artistique de la compagnie théâtrale qui porte son nom et par ailleurs responsable de l’activité. Satisfait des progrès techniques et artistiques des jeunes acteurs et actrices, Hadre Dounia est enthousiasmé d’avoir pu atteint une telle participation du public dans tous les arrondissements des villes de N’Djaména et Moundou.  

Les performances de ces jeunes ont permis de transmettre des messages clairs et explicites contre le mépris entre les différentes classes sociales, la stigmatisation de certains groupes d’individus de la société, les conflits communautaires.

A travers une catharsis, de la violence au calme, des gestes agressifs aux poignées de mains, les acteurs et les actrices ont mis en scène des cas du quotidien, des histoires de voisinage qui pourraient conduire à conflits ; mais qui peuvent et doivent se résoudre dans la paix et la cohabitation pacifique dans le quartier, la communauté. Car ne dit-on pas que « ton voisin est le premier parent en cas de besoin » (phrase prise de la pièce théâtrale).  Les toutes récentes inondations, qui ont touché 30 000 ménages à l’échelle du pays, ont montré comment grâce à la solidarité et l’entraide des personnes sinistrées après une nuit de grosse pluie, ont pu être secourues par la communauté.  

Les appels à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix se font de plus en plus pressants et inéluctables à un moment historique où les vulnérabilités sociales se mêlent à la pandémie globale de la COVID-19. D’où la volonté des 45 jeunes acteurs et actrices à sensibiliser également sur les mesures barrières contre la propagation du coronavirus, sur les conséquences négatives de la stigmatisation des malades et sur l’importance de protéger les mineurs, les femmes et les plus vulnérables aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des ménages.

A la fin du spectacle, les jeunes artistes ont distribué du savon et de l’eau de javel au public pour contraster la propagation du coronavirus. © UNICEF CHAD/2020/Palazzo

« Ce qui m’a frappé le plus aujourd’hui est d’avoir vu la jeunesse sensibiliser les adultes et les personnes du 3e âge. C’est notre jeunesse, concrète et active, qui nous sollicite à faire de notre pays un endroit de paix », témoigne Yamadje Sotinan, spectateur et fonctionnaire de la commune du 9e arrondissement.

Yamadje Sotinan félicite le travail de jeunes artistes. © UNICEF CHAD/2020/Palazzo

C’est dans cet esprit que la caravane continuera son chemin dans la ville de Bol au mois de novembre 2020, tout en gardant l’enthousiasme dont elle a fait preuve jusqu’à présent.

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Cette activité est soutenue par l’UNICEF Tchad grâce à l’appui financier du Fond des Nations Unies pour la consolidation de la paix. Elle s’inscrit dans un large programme de trois ans sous le titre « Appui à la participation citoyenne des jeunes et des femmes à la gouvernance locale et à la consolidation de la paix au Tchad ».

DE LA BOUCHE DES RELAIS COMMUNAUTAIRES AUX OREILLES DE LA POPULATION

Une stratégie de sensibilisation massive qui souhaite stopper la propagation de la covid-19 dans la ville de N’Djamena.

par Martina Palazzo

Nous sommes désormais à plus de trois mois de l’apparition du coronavirus au Tchad. Le premier cas a été enregistré le 19 Mars 2020 à N’Djamena et, depuis lors, le nombre de contaminés, y inclut guéris et décédés, n’a pas stoppé. Se protéger et protéger notre entourage de ce virus meurtrier est possible à condition que les gestes barrières soient connus, expliqués et appliqués par la population.

« Les relais communautaires sont proches des populations si bien que tout le monde les écoute. Si les communautés respectent et appliquent les gestes barrières, nous allons réduire au maximum la propagation du virus », déclare Mme Raouda Mahamat Yousuf, Déléguée sanitaire de la province de N’Djamena. « Pour cela, il faut agir maintenant ! », conclut-elle, en encourageant les relais communautaires qui sont venus participer à une formation le 25 et le 26 juin 2020 à la Maison de la Femme de N’Djamena. Une formation à l’endroit de 346 participants, dont 50 de l’organisation CELIAF, 50 de l’Union des Associations Féminines Arabophones du Tchad (UAFAT) et 246 des 5 districts sanitaires de la ville, financée par la Banque Mondiale et KFW Development Bank, et organisée par l’UNICEF Tchad en étroite collaboration avec le Ministère de la Santé Publique (MSP).

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1er jour de formation à la Maison de la Femme pour les districts sanitaires du Sud et de l’Est de N’Djamena. ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

« Être ici aujourd’hui est très important pour moi, car je m’informe et je me mets à jours sur les dernières informations relatives à la pandémie. C’est ainsi que je peux bien sensibiliser les familles », nous dit Fatime Doungous, 45 ans, du quartier Ndjari, relais communautaire depuis 2018.

Fatime Doungous
Fatime, 45 ans, est convaincue que cette formation va l’aider à mieux sensibiliser les gens. ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

Les modules de la formation touchent différentes thématiques, de la situation mondiale au plan de contingence au Tchad, des pratiques de communication à celles d’hygiène, des messages clé aux mesures préventives. Cette formation a été précédée la semaine d’avant de celle de chefs de zone ; des points focaux Information Education et Communication (IEC) ; des médecins chefs de district et des facilitateurs. Au nombre de 17 au total, ces participants ont été tous formés par l’UNICEF et le MSP.

Tous ces acteurs, facilitateurs et relais communautaires, ont décidé de s’impliquer personnellement pour le bien de la communauté. A l’exemple de Moumine Baba Adoum, 27 ans, du quartier Machaga : « Je veux aider les gens de mon quartier qui sont analphabètes. En leur donnant des informations certes et complètes, je peux les aider à accéder aux services de santé et se soigner ou bien prévenir des maladies. Je suis relais communautaire depuis 2011 et j’ai dû me former et sensibiliser sur la rougeole, la tuberculose, la malnutrition, le VIH/Sida, le paludisme. Ces derniers temps c’est plutôt sur la covid-19, mais ce n’est pas si facile. Les gens pensent que c’est une maladie de blanc et qui ne touche pas les pauvres. Ils disent que notre soleil tue le virus. Je me sens appelé à descendre sur le terrain et leur donner les bonnes informations. »

Moumine Baba Adoum
Moumine est en première ligne dans la lutte contre la covid-19 à travers la sensibilisation des communautés.  ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

Moumine conseillera aux membres de sa communauté de se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec du gel hydroalcoolique, de respecter la distanciation physique, de porter un masque, d’éviter les rassemblements, de manger dans son assiette et boire dans sa propre gourde, et encore s’informer et éviter la propagation de fausses informations.

Il ne faut pas baisser la garde, même si dernièrement les chiffres officiels témoignent une diminution des cas positifs. Selon Delko Félicité, 39 ans , relais communautaire de la CELIAF, la solution est de « parler, écouter et répondre aux questions de nos frères et sœurs ».

Delko Felicite
Félicité est relais communautaire depuis 2006. Pour elle, c’est du volontariat fait avec conviction. ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

De la bouche de ces 346 relais communautaires aux oreilles de la population de N’Djamena, le message est le même :

‘’Protégeons-nous avec les gestes barrières pour sauver de vies humaines. Le coronavirus tue sans discrimination aucune, mais il peut déposer ses armes face à une armée consciente et éveillée.’’

 

N’DJAMENA TAPISSEE D’AFFICHES POUR LUTTER CONTRE LA COVID-19.

par Martina Palazzo

En un jour, la capitale du Tchad se couvre de 8 000 affiches sur les mesures de protection contre la covid-19. Rendez-vous samedi 27 juin 2020 pour les 280 volontaires membres des associations des Guides et des Scouts (AGT et AST) qui sont prêts à sillonner les rues et les quartiers des 10 arrondissements de la ville.
Au visage un masque, ils se retrouvent à 8h dans les points de rassemblement pour un briefing. Au chant « Joie, joie, les Guides et les Scouts sont là. Je tape les mains, je claque les doigts, je tourne par là et je danse un peu », ils attendent la colle et les affiches pour se lancer dans l’aventure du jour : tapisser N’Djamena des messages de sensibilisation pour arrêter l’avancée du coronavirus. A plus de trois mois du premier cas positif au Tchad, baisser la garde en ce moment pourrait faire remonter la courbe de contaminés.

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A la mairie du 1e arrondissement, dans le quartier de Farcha, les Guides se préparent pour la longue journée en chantant et dansant. ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

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Deux Scouts et cinq Guides sur l’Avenue Mobutu avec affiches, colle et gants à la main.  ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

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Tous les endroits stratégiques ont été couverts, tant sur les axes principaux qu’à l’intérieur des quartiers.  ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

« Les gens pensent que la maladie est partie, car dernièrement selon les chiffres officiels moins de cas sont enregistrés. Moi, je sais que le virus est là. Un ami de ma grande-sœur est décédé suite à cela », déclare Eveline Bourass, 26 ans. « Si je suis là aujourd’hui, c’est parce que je souhaite que les gens prennent connaissance des gestes barrière et se protègent. C’est la seule chose que nous pouvons faire pour gagner contre ce virus. »

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Eveline, 26 ans, est persuadée que son engagement d’aujourd’hui peut aider la population de N’Djamena à vaincre le coronavirus. ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

Le risque de contamination ne disparaît pas tant que la covid-19 continue à circuler parmi une population méconnaissant son existence, les risques et les mesures préventives. Distanciation physique, lavage fréquent des mains à l’eau et au savon ou avec du gel hydroalcoolique, et porte du masque sont les trois règles d’or pour monter sur le podium du citoyen responsable et vertueux. S’informer et éviter la propagation des fausses informations doivent entrer dans la routine quotidienne.

« Au mégaphone, je crie fort qu’il faut respecter ces mesures préventives. En tant que scout, j’ai un devoir envers mon pays. Je veux et je dois aider les tchadiens et les tchadiennes pour que nous ne soyons pas victimes de cette maladie meurtrière », nous dit Ndilnodji Marius, bientôt 18 ans. « A l’occasion de cette sensibilisation, mes confrères et moi du groupe musical Boys Baden avons créé une chanson en deux langues, français et anglais, et quatre dialectes, arabe tchadien, moundang, mesmai et ngambaye. A travers la musique le peuple tchadien écoute et plus facilement intègrent les gestes barrières dans leur quotidien. »

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Marius crie au mégaphone pour que la population écoute les gestes barrière pour se protéger contre le coronavirus.  ©UNICEF CHAD/2020/Palazzo

N’Djamena reste toujours la ville la plus touchée par la covid-19 au Tchad. Les chiffres sont clairs là-dessus : 761 cas positifs sur un total de 865 selon le dernier communiqué (N. 72) du Ministère de la Santé Publique. C’est le moment d’agir pour revenir au plus vite à la normalité. Pour cela l’UNICEF Tchad a coordonné cette activité d’affichage et de sensibilisation massive en étroite collaboration avec les AST et AGT, et l’appui financier d’ECHO-Aide humanitaire et protection civile de l’Union européenne.

Ensemble pour une ville covid-19 free !